Basile de Césarée sur Genèse 1,1

Basile de Césaré (Césarée de Cappadoce, actuelle Kayseri, 329 – 379) avec Grégoire de Nysse et Grégoire de Naziance est l’un des trois Pères Cappadociens. Ces grands théologiens et évêques du 4ème siècle ont joué un rôle un rôle fondamental dans la formulation de la foi chrétienne résumée dans le Concile de Constantinople (mai-juillet 381).

Pour une introduction aux commentaires de Genèse 1, 1 voir la page Genèse 1,1 Dans la tête de Dieu – Bereshit

Pour le lexique grec (arkhế, lógos, génesis) voir: Lexique des commentaires de Genèse 1, 1

Basile de Césarée, Homélies sur l’Hexaéméron

Neuf homélies sur l’Hexaémeron, dans J.-P. Migne, Patrologiae Cursus Complets, series graeca, Volume 29b, col.16a-17a et 17b-20a

Λέγεται μὲν οὖν ἀρχὴ καὶ ἡ πρώτη κίνησις· ὡς, Ἀρχὴ ὁδοῦ ἀγαθῆς τὸ ποιεῖν δίκαια. Ἀπὸ γὰρ τῶν δικαίων πράξεων πρῶτον κινούμεθα πρὸς τὸν μακάριον βίον.
Est donc appelé « arkhế » (principe, commencement, début) le premier mouvement: comme [il est dit dans le passage de Proverbes 16,7]: « Faire ce qui est juste est arkhế  (le début) du bon chemin ». En effet, nous sommes en mouvement vers la vie bienheureuse premièrement par nos oeuvres justes.

Dans ce passage Basile expose d’abord les différentes acceptions dans la Bible du mot arkhế , qui est utilisé en grec pour traduire le mot hébreu bereshit et qui est à son tour traduit en latin par principium. En francais aussi le mot principe évoque aussi bien un commencement dans le temps qu’une cause, un fondement. Dans le premier exemple fourni par Basile, le mot arkhế  peut être traduit par début, commencement et cela dans une notion d’ordre qui n’inclut pas nécessairement une antécédence temporelle, mais plutôt logique: si l’on veut se diriger sur le bon chemin il faut d’abord, en premier, accomplir de oeuvres justes. 

Λέγεται δὲ ἀρχὴ καὶ ὅθεν γίνεταί τι, τοῦ ἐνυπάρχοντος αὐτῷ ὡς ἐπὶ οἰκίας θεμέλιος, καὶ ἐπὶ πλοίου ἡ τρόπις, καθὸ εἴρηται, Ἀρχὴ σοφίας, φόβος Κυρίου. Οἷον γὰρ κρηπὶς καὶ βάθρον πρὸς τὴν τελείωσιν ἡ εὐλάβεια.
Est appelé arkhé aussi ce à partir d’où ou de quoi quelque chose est engendrée, ce par quoi [ou: en quoi] elle subsiste, comme les fondations pour la maison et la quille pour le bateau, dans le même sens on dit [dans le livre des Proverbes 1, 7]: «Arkhế  de la sagesse est la crainte du Seigneur.» En effet, la piété religieuse est le fondement et le trône de la perfection.

Il faut ici remarquer l’usage du participe ἐνυπάρχοντος (enupárkhontos). Le verbe ἐνυπάρχω (enupárkhō) contient en effet le mot arkhế  et il indique donc le fait de tirer son origine, son commencement, son principe arkhế  de quelque chose. Il est traduit souvent par subsister dans quelque chose ou bien par, grâce, à quelque chose. En effet, si les fondations ou la quille n’assuraient la cohérence de la maison ou du bateau, ceux-ci ne pourraient pas subsister, tenir debout. Mais c’est aussi par les fondations ou quille que la construction commence. Pour le proverbe cité, la crainte du Seigneur est le principe qui ordonne et structure la sagesse, en dehors duquel il n’y a pas de sagesse et à partir duquel la sagesse commence. Je voudrais noter ici que la traduction du mot hébreu יִרְאָה par crainte n’est pas suffisante à comprendre la vaste sens de יִרְאָה. Il s’agit, en effet, d’un des dons du Saint Esprit, (voir Is. 11, 2-3) celui qui nos permet d’être en relation avec Dieu, de savoir qu’il est avec nous et nous avec lui, c’est-à-dire, justement, que nous avons en lui notre origine, notre arkhế . Savoir cela peut inspirer de la crainte, mais cette relation est aussi la relation confiante qui lie un enfant à ses parents.
A noter ici la similitude concernant l’exemple de la quille du bateau et des fondations de la maison avec le texte d’Aristote qui définit les différentes acceptions du mot arkhé. Note 1

Ἀρχὴ δὲ καὶ τῶν τεχνικῶν ἔργων ἡ τέχνη· ὡς ἡ σοφία Βεσελεὴλ, τοῦ περὶ τὴν σκηνὴν κόσμου.
Arkhé est aussi la τέχνη [tékhnê est l’ensemble de lois et règles] des ouvrages techniques artisanaux [ceux qui règlent les arts et métiers], comme pour la sagesse de Beseléel à propos de la disposition [et ornementation] de la tente [selon ce qui est raconté dans Exode 31, 1ss.].

Il s’agit ici du principe qui ordonne les arts et qui se retrouve dans le mot architecture, c’est-à-dire ce qui est le fondement de l’oeuvre de construction. Pour le passage évoqué de la version grecque de la Bible, appelée la traduction des Septante (sages), il s’agit du choix de Béséléel (en hébreu: Betsalel) comme architecte de la Tente de la Rencontre, le temple fait construire par Moïse pendant l’Exode, où il est justement question d’architecture et d’oeuvres de constructions et où nous voyons justement le mot arkhế  et les mots dérivés de τέκτων et τέχνη, l’artisans, le constructeur.

Ἀρχὴ δὲ πράξεων πολλάκις καὶ τὸ εὔχρηστον τέλος τῶν γινομένων· ὡς τῆς ἐλεημοσύνης ἡ παρὰ Θεοῦ ἀποδοχή, καὶ πάσης τῆς κατ ̓ ἀρετὴν ἐνεργείας τὸ ἐν ἐπαγγελίαις ἀποκείμενον τέλος.
Souvent arkhế  est aussi le but utile des actions qu’on entreprend: ainsi la faveur auprès de Dieu est [le but] de l’aumône et l’objectif de toute oeuvre selon la vertu qui nous est réservé dans ses promesses.

Arkhé est aussi le principe moteur de nos actions, celui qui se retrouve dans la finalité des nos actions et les motive, comme le fait de trouver la faveur divine est ce qui nous motive à entreprendre de bonnes actions.

Τοσαυταχῶς οὖν λεγομένης τῆς ἀρχῆς, σκόπει εἰ μὴ πᾶσι τοῖς σημαινομένοις ἡ παροῦσα φωνὴ ἐφαρμόσει. Καὶ γὰρ ἀφ ̓ οὗ χρόνου ἤρξατο ἡ τοῦ κόσμου τούτου σύστασις, δυνατόν σοι μαθεῖν, ἐάν γε ἐκ τοῦ παρόντος εἰς τὸ κατόπιν ἀναποδίζων, φιλονεικήσῃς εὑρεῖν τὴν πρώτην ἡμέραν τῆς τοῦ κόσμου γενέσεως.
Puisque arkhế  est dit de tant de façons différentes, regarde si le mot présent ne convient pas à toutes ces significations. En effet, il t’est possible d’apprendre à partir de quel moment a comméncé la formation de ce monde, si revenant en arrière à partir du présent, tu luttes pour trouver le premier jour de la genèse du monde.

Εὑρήσεις γὰρ οὕτως, πόθεν τῷ χρόνῳ ἡ πρώτη κίνησις, ἔπειτα, ὅτι καὶ οἱονεὶ θεμέλιοί τινες καὶ κρηπῖδες προκατεβλήθησαν ὁ οὐρανὸς καὶ ἡ γῆ· εἶτα, ὅτι ἐστί τις τεχνικὸς λόγος ὁ καθηγησάμενος τῆς τῶν ὁρωμένων διακοσμήσεως, ὡς ἐνδείκνυταί σοι ἡ φωνὴ τῆς ἀρχῆς·
Tu trouveras, en effet, ceci: d’où vient le premier mouvement dans le temps et, en plus, que le ciel et la terre ont été établis comme fondements et bases; ensuite, qu’il y a un τεχνικὸς λόγος [un logos qui agit avec art, qui sait ordonner selon la raison] qui est celui qui dirige l’ordonnancement du visible, comme le mot arkhé te le montre.

Il faut noter que l’Evangile selon saint Jean spécifie que c’est le logós de Dieu qui était dans arkhế, dans le principe et que le logós était Dieu. Logós se dit aussi bien de la parole que de la raison, c’est une parole qui est expression de cette raison, c’est Dieu lui-même d’après l’Evangile. C’est par ce logós que tout a été fait. Et ici Basile nous dit que ce logós est responsable du bon ordre de l’univers, il le construit comme un artisan, il lui attribue donc l’adjectif τεχνικὸς (littéralement «technique» c’est-à-dire qui pose les règles de la construction, qui possède la τέχνη) et c’est ce même logos, cette même parole qui maintient et guide l’univers.

καὶ τὸ μὴ εἰκῇ μηδὲ μάτην, ἀλλὰ πρός τι τέλος ὠφέλιμον καὶ μεγάλην χρείαν τοῖς οὖσι συνεισφερόμενον ἐπινενοῆσθαι τὸν κόσμον, εἴπερ τῷ ὄντι ψυχῶν λογικῶν διδασκαλεῖον καὶ θεογνωσίας ἐστὶ παιδευτήριον, διὰ τῶν ὁρωμένων καὶ αἰσθητῶν χειραγωγίαν τῷ νῷ παρεχόμενος πρὸς τὴν θεωρίαν τῶν ἀοράτων, καθά φησιν ὁ ἀπόστολος, ὅτι Τὰ ἀόρατα αὐτοῦ ἀπὸ κτίσεως κόσμου τοῖς ποιήμασι νοούμενα καθορᾶται.
Et aussi que le monde n’a pas été conçu sans dessein ni motif, mais apportant un but utile et un grand avantage pour les étants, si vraiment [ce monde] est une école pour ceux qui ont des âmes raisonnables et un lieu d’enseignement de la connaissance de Dieu, par les choses visibles et sensibles il est un guide pour l’intellect offrant la contemplation des invisibles, selon le dire de l’apôtre: «Depuis la création du monde ce qui de celui-ci est invisible est intelligé et contemplé par ses oeuvres.»

Ἢ τάχα διὰ τὸ ἀκαριαῖον καὶ ἄχρονον τῆς δημιουργίας εἴρηται τό, Ἐν ἀρχῇ ἐποίησεν, ἐπειδὴ ἀμερές τι καὶ ἀδιάστατον ἡ ἀρχή.
Ou bien, peut-être, c’est à cause du fait que l’œuvre (δημιουργία dēmiourgía) [de la création]  est le fait d’un instant et sans temps, qu’il a été dit ainsi: « En arkhé il fit », puisque arkhế  [au sens de commencement] est quelque chose sans parties (ἀμερές) et sans extension (ἀδιάστατον) [de temps].

Ὡς γὰρ ἡ ἀρχὴ τῆς ὁδοῦ οὔπω ὁδὸς, καὶ ἡ ἀρχὴ τῆς οἰκίας οὐκ οἰκία, οὕτω καὶ ἡ τοῦ χρόνου ἀρχὴ οὔπω χρόνος, ἀλλ ̓ οὐδὲ μέρος αὐτοῦ τὸ ἐλάχιστον.
Comme, en effet, arkhế  [au sens de commencement] du chemin n’est pas encore un chemin et l’arkhế  de la maison n’est pas une maison, l’arkhế  du temps non plus n’est pas encore un temps, ni, non plus, la plus petite partie de celui-ci.

Εἰ δὲ φιλονεικῶν τις χρόνον εἶναι λέγοι τὴν ἀρχήν, γινωσκέτω ὅτι διαιρήσει αὐτὴν εἰς τὰ τοῦ χρόνου μέρη. Ταῦτα δέ ἐστιν, ἀρχή, καὶ μέσα, καὶ τελευτή. Ἀρχὴν δὲ ἀρχῆς ἐπινοεῖν παντελῶς καταγέλαστον.
Si quelqu’un qui conteste [cela] dit que l’arkhế  est un temps, qu’il sache qu’il devra le diviser dans les parties du temps. Celles-ci sont l’arkhế  (le commencement), le milieu et la fin. Imaginer l’arkhế  de l’arkhế  (le commencement du commencement) est totalement risible.

Καὶ ὁ διχοτομῶν τὴν ἀρχήν, δύο ποιήσει ἀντὶ μιᾶς, μᾶλλον δὲ πολλὰς καὶ ἀπείρους, τοῦ διαιρεθέντος ἀεὶ εἰς ἕτερα τεμνομένου.
Et celui qui divise en deux l’arkhế , en fait deux au lieu de un, ou plutôt [il en fait] beaucoup et infinis, puisque ce qui est divisible se partage encore en une autre partie.

Ἵνα τοίνυν διδαχθῶμεν ὁμοῦ τῇ βουλήσει τοῦ Θεοῦ ἀχρόνως συνυφεστάναι τὸν κόσμον, εἴρηται τό, Ἐν ἀρχῇ ἐποίησεν.
Afin que nous soyons instruits du fait que dans un même temps (ὁμοῦ) dans la volonté de Dieu le monde est fait exister simultanément (συνυφεστάναι) d’une façon intemporelle, il est dit ceci: Dans arkhế  il fit.

Ὅπερ ἕτεροι τῶν ἑρμηνευτῶν, σαφέστερον τὸν νοῦν ἐκδιδόντες, εἰρήκασιν, Ἐν κεφαλαίῳ ἐποίησεν ὁ Θεὸς, τουτέστιν, ἀθρόως καὶ ἐν ὀλίγῳ. Τὰ μὲν οὖν περὶ ἀρχῆς, ὡς ὀλίγα ἀπὸ πολλῶν εἰπεῖν, ἐπὶ τοσοῦτον.
De la même façon d’autres interprètes pour en donner une intelligence plus claire, ont dit: « Dans ce qui est dans la tête (ἐν κεφαλαίῳ) Dieu créa », c’est-à-dire, tout ensemble (ἀθρόως) et en un instant (ἐν ὀλίγῳ en un brève moment). Ceci, donc, à propos de arkhế , pour ne dire que peu de choses parmi les nombreuses [qu’il faudrait dire] à propos de ceci.

Basile nous dit que les interprètes (ἑρμηνευταί herméneutes) qui veulent redonner un sens plus proche de l’original, traduisent le premier mot du texte hébreu (bereshit) par «ἐν κεφαλαίῳ» (en kephalaioi). Effectivement ce mot traduit littéralement le mot hébreu bereshit (בְּרֵאשִׁית) car la première syllabe « be » (בְּ) signifie « dans », la deuxième « resh » (רֵאש) est formée à partir du mot « rosh » (רֹאש) « tête » qui s’écrit avec les mêmes consonnes en hébreu et à la fin le suffixe « it » pour nous dire ce qui est relatif à. Le grec «ἐν κεφαλαίῳ» (en kephalaioi) est donc parfaitement symétrique à cette lecture du mot hébreu: «ἐν» (en) signifiant «dans», «κεφᾰλή» kephalê la tête et «κεφ᾵λαιον» (kephálaion) ce qui est relatif à la tête. Cette expression « en kephalaioi » peut aussi signifier, comme le dit Basile, tout ensemble ou en peu de mots, en résumé: kephálaion étant la tête, est donc le point principal, celui qu’il faut mentionner lorsqu’on fait un résumé.

[…]

Migne, col. 17B

Ἵνα οὖν δειχθῇ ὅτι ὁ κόσμος τεχνικόν ἐστι κατασκεύασμα, προκείμενον πᾶσιν εἰς θεωρίαν, ὥστε δι ̓ αὐτοῦ τὴν τοῦ ποιήσαντος αὐτὸν σοφίαν ἐπιγινώσκεσθαι, οὐκ ἄλλῃ τινὶ φωνῇ ἐχρήσατο ὁ σοφὸς Μωϋσῆς περὶ αὐτοῦ, ἀλλ ̓ εἶπεν, Ἐν ἀρχῇ ἐποίησεν·
Afin donc qu’il apparaisse que le monde est un dessin exécuté avec art, conduisant tous à la contemplation, de façon à ce que, à travers lui, soit reconnu le savoir de son créateur, le savant Moïse n’a pas utilisé à son sujet d’autre mot, mais il a dit: »Dans arkhế il a créé [ou: il a fait] ».

οὐχὶ ἐνήργησεν, οὐδὲ ὑπέστησεν, ἀλλὰ Ἐποίησεν. Καὶ καθότι πολλοὶ τῶν φαντασθέντων συνυπάρχειν ἐξ ἀϊδίου τῷ Θεῷ τὸν κόσμον, οὐχὶ γεγενῆσθαι παρ ̓ αὐτοῦ συνεχώρησαν, ἀλλ ̓ οἱονεὶ ἀποσκίασμα τῆς δυνάμεως αὐτοῦ ὄντα αὐτομάτως παρυποστῆναι·
Non pas il a oeuvré à, ni il a posé les bases de, mais il a créé [ou: il a fait]. Et puisque nombreux sont ceux qui s’imaginent que le cosmos coexiste avec Dieu depuis l’éternité, ils ne concèdent pas non plus qu’il a été généré par lui, mais [pour eux c’est] comme s’il était une ombre projetée qui surgirait à côté de sa puissance immédiatement et automatiquement;

καὶ αἴτιον μὲν αὐτοῦ ὁμολογοῦσι τὸν Θεόν, αἴτιον δὲ ἀπροαιρέτως, ὡς τῆς σκιᾶς τὸ σῶμα, καὶ τῆς λαμπηδόνος τὸ ἀπαυγάζον· τὴν οὖν τοιαύτην ἀπάτην ἐπανορθούμενος ὁ προφήτης, τῇ ἀκριβείᾳ ταύτῃ τῶν ῥημάτων ἐχρήσατο εἰπών, Ἐν ἀρχῇ ἐποίησεν ὁ Θεός. Οὐχὶ αὐτὸ τοῦτο τὴν αἰτίαν τοῦ εἶναι παρέσχεν, ἀλλ ̓ ἐποίησεν ὡς ἀγαθὸς τὸ χρήσιμον, ὡς σοφὸς, τὸ κάλλιστον, ὡς δυνατὸς, τὸ μέγιστον.
ils reconnaissent d’un côté que sa cause est Dieu, mais une cause involontaire, comme le corps [est cause] de l’ombre et ce qui illumine [est cause] de l’illumination; le prophète, donc, voulant corriger un telle erreur, était obligé de parler avec précision de termes: « Dans arkhé Dieu a créé [ou: il a fait] ». Non pas qu’il a fourni la cause de l’être (τοῦ εἶναι), mais il a créé ce qui est utile comme quelqu’un qui est bon, ce qui est le plus beau comme quelqu’un qui  sait, ce qui est le plus grand comme quelqu’un qui est puissant.

Note 1Aristote sur Arkhế

Métaphysique 5, 1012b 34 – 1013a 24

[1012b][34] Ἀρχὴ λέγεται ἡ μὲν ὅθεν ἄν τις τοῦ πράγματος [35] κινηθείη πρῶτον, οἷον τοῦ μήκους καὶ ὁδοῦ ἐντεῦθεν μὲν αὕτη ἀρχή, ἐξ ἐναντίας δὲ ἑτέρα·
Est dit arkhế  ce à partir de quoi quelque chose d’un objet peut être mû d’abord, comme là où commence la ligne ou le chemin il y a un arkhế  et du côté opposé un autre [arkhế ].

[1013a][1] ἡ δὲ ὅθεν ἂν κάλλιστα ἕκαστον γένοιτο, οἷον καὶ μαθήσεως οὐκ ἀπὸ τοῦ πρώτου καὶ τῆς τοῦ πράγματος ἀρχῆς ἐνίοτε ἀρκτέον ἀλλ’ ὅθεν ῥᾷστ’ ἂν μάθοι·
Ce à partir de quoi chaque chose peut devenir la plus accomplie (κάλλιστα), comme par exemple dans l’apprentissage parfois il ne faut pas commencer par le premier et le commencement de la chose mais par où on peut apprendre plus facilement.

ἡ δὲ ὅθεν πρῶτον γίγνεται ἐνυπάρχοντος, οἷον ὡς πλοίου [5] τρόπις καὶ οἰκίας θεμέλιος, καὶ τῶν ζῴων οἱ μὲν καρδίαν οἱ δὲ ἐγκέφαλον οἱ δ’ ὅ τι ἂν τύχωσι τοιοῦτον ὑπολαμβάνουσιν·
ce qui est engendré en premier à partir de quelque chose dans laquelle il subsiste (ἐνυπάρχοντος), par exemple comme la quille d’un bateau et les fondations d’une maison, et [principe] des animaux, certains peuvent comprendre le cœur, d’autres le cerveau ou ce qui est semblable.

ἡ δὲ ὅθεν γίγνεται πρῶτον μὴ ἐνυπάρχοντος καὶ ὅθεν πρῶτον ἡ κίνησις πέφυκεν ἄρχεσθαι καὶ ἡ μεταβολή, οἷον τὸ τέκνον ἐκ τοῦ πατρὸς καὶ τῆς μητρὸς καὶ ἡ μάχη [10] ἐκ τῆς λοιδορίας·
ce qui est engendré en premier à partir de quelque chose dans laquelle il ne subsiste pas et à partir de quoi a origine [son] mouvement et son changement en premier selon la nature, comme l’enfant [provient] du père et de la mère et le combat de l’offense.

ἡ δὲ οὗ κατὰ προαίρεσιν κινεῖται τὰ κινούμενα καὶ μεταβάλλει τὰ μεταβάλλοντα, ὥσπερ αἵ τε κατὰ πόλεις ἀρχαὶ καὶ αἱ δυναστεῖαι καὶ αἱ βασιλεῖαι καὶ τυραννίδες ἀρχαὶ λέγονται καὶ αἱ τέχναι, καὶ τούτων αἱ ἀρχιτεκτονικαὶ μάλιστα.
Ce par le libre choix duquel se meut ce qui est mû et change ce qui est en changement, comme les princes pour la ville, les dynasties, les rois, les tyrans sont appelés princes (ἀρχαὶ) [le mot princes se dit « principes » en latin] et les arts (τέχναι, techniques) parmi lesquels surtout les « arkhi« -tecturales.

Voici plusieurs mots composés à partir du mot ἀρχὴ: ἀρχαὶ les chefs d’un ville, aussi dans les langues latines on retrouve la même proximité entre le mot principe et le mot « princeps », c’est à dire prince, celui qui est à la tête, d’une ville, d’un royaume. Et aussi dans certains noms de sciences dont l’architecture.

Ἔτι ὅθεν γνωστὸν τὸ πρᾶγμα [15] πρῶτον, καὶ αὕτη ἀρχὴ λέγεται τοῦ πράγματος, οἷον τῶν ἀποδείξεων αἱ ὑποθέσεις.
En plus, ce à partir de quoi une chose est connaissable, ceci aussi est dit arkhế, comme les hypothèses [sont les principes sur lesquels se basent] les démonstrations.

Ἰσαχῶς δὲ καὶ τὰ αἴτια λέγεται· πάντα γὰρ τὰ αἴτια ἀρχαί. Πασῶν μὲν οὖν κοινὸν τῶν ἀρχῶν τὸ πρῶτον εἶναι ὅθεν ἢ ἔστιν ἢ γίγνεται ἢ γιγνώσκεται·
Il y a aussi autant [de façons de dire arkhế] qu’il y a de causes car toutes les causes sont des arkhaí. De tous ceux-ci [ces différentes façons de dire arkhế], donc, ce qui est commun aux arkhaí est d’être le premier à partir d’où [quelque chose] vient à l’être ou bien est connue;

τούτων δὲ αἱ μὲν ἐνυπάρχουσαί εἰσιν αἱ δὲ [20] ἐκτός. Διὸ ἥ τε φύσις ἀρχὴ καὶ τὸ στοιχεῖον καὶ ἡ διάνοια καὶ ἡ προαίρεσις καὶ οὐσία καὶ τὸ οὗ ἕνεκα· πολλῶν γὰρ καὶ τοῦ γνῶναι καὶ τῆς κινήσεως ἀρχὴ τἀγαθὸν καὶ τὸ καλόν.
de ceux-ci certains sont subsistants (ἐνυπάρχουσαί) [dans la chose elle-même] d’autres à l’extérieur. Pour cela la nature (φύσις) est un principe et aussi l’élément, la pensée, le libre choix, l’ousia et ce à cause de quoi [quelque chose est, ou bien: dont elle est le but]. En effet, pour beaucoup de choses principe du connaître et du mouvement sont le bien et le beau.

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  1. Grégoire de Nysse sur Genèse 1,1 – Bible

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