La justice de dieu, Romains 3-5

Le thème de la gratuité joue un rôle très important dans la lettre de saint Paul aux Romains. Il est ici question de la justice divine et c’est ici qu’apparaît la différence fondamentale entre la justice des hommes et la justice divine: par la loi apparaît la faute des hommes, ils sont esclaves du mal, mais dieu paye lui-même le prix du rachat de l’esclave, il nous libère. La faute des homme est donc établie et au lieu de la condamnation, au coupable qui s’amende, qui fait appel à la miséricorde du juge, le par-don est offert en cadeau. Non seulement la justice divine offre l’acquittement, mais elle rend juste car la gratuité du don nous révèle l’immensité de l’amour divin. comme prix du rachat, il a offert sa propre vie pour nous, sans regarder nos mérites, sans faire de distinction, il l’a offerte pour nous tous alors que nous étions tous également coupables. Il a offert sa propre vie en Jésus Christ son fils, la grâce qui nous est offerte est lui-même, car sa vie nous est donnée en partage, son propre esprit est répandu sur nous et nous rend semblables à lui, fais de nous aussi de fils de dieu. Donc, la justice divine, non seulement acquitte le coupable repentant, mais il le rend juste. C’est ainsi qu’il faut comprendre le mot justifier, non pas au sens d’excuser, mais au sens de rendre juste à son tour, de transformer le coupable en homme juste, lorsqu’il reconnaît ses erreurs.

Voici quelques mots clés, en grec, pour comprendre ce vocabulaire juridique qui nous rappelle un procès, mais ce procès se déroule selon la justice divine qui est tout autre de la justice humaine.

hamartía (ἁμαρτία) l’erreur, la faute. On traduit habituellement le mot ἁμαρτία par péché. Mais, dans son acception originelle, ce mot signifie le fait de manquer la cible, de ne pas avoir part (μέρος), ne pas atteindre le but. Il désigne ainsi l’erreur, le fait d’avoir manqué la cible, une faute. Saint Paul dit que Dieu recouvre les erreurs, les cache pour dire qu’il ne les mets pas en lumière devant l’homme qui en serait écrasé. Dieu est celui qui ne tient pas compte des fautes lors d’un procès, qui fait grâce, qui acquitte, c’est-à-dire laisse aller les fautes, les relâche. Le verbe utilisé au verset 7 ἀφέθησαν comme dans un procès est ἀφίημι c’est-à-dire laisser aller. Cela signifie ne pas tenir compte d’une faute. Comme dit le psaume 130, 5: « Dieu, si tu comptais les fautes, qui tiendrai debout? »(אִם־עֲוֹנֹ֥ות תִּשְׁמָר־יָ֑הּ אֲ֝דֹנָ֗י מִ֣י יַעֲמֹֽד). Mais, nous le verrons, Dieu ne se limite pas à ne pas compter les fautes, à laisser aller, à effacer nos torts. Il n’abandonne pas ses enfants, il ne les laisse pas à la dérive, il leur offre aussi les moyens de grandir, de faire l’expérience du bien, de devenir source de bien à l’image du père.

apolutrōsis (ἀπολύτρωσις): le rachat. Il s’agit d’une notion importante. Il s’agit de payer un pris pour racheter un esclave ou un prisonnier. L’humanité est emprisonnée, esclave de l’enchaînement des violences par lequel on répond à l’offense par l’offense, au mal par le mal. Pour nous libérer, le Christ en a payé le prix, pour nous montrer le chemin du pardon, il fallait que lui, l’innocent pardonne ses bourreaux et dans ce pardon il a inclu l’humanité toute entière, aveuglée: « Pardonne-leur, il ne savent pas ce qu’il font. » (Luc 23, 34). Pardonner signifie renouveler le don, à l’infini, 70 fois sept fois, comme dit Jésus. C’est le don de la vie divine, offert dans la pleine gratuité à l’humanité, sans regarder les mérites des uns ou des autres, mais à tous sans distinction. La vie de dieu est toujours offerte à celui qui veut la recevoir. Ce n’est pas nous qui pouvons nous en approprier, elle est au-delà de ce que nous pouvons atteindre par nous mêmes ou que n’importe quel prix que nous pourrions payer. Nous ne pouvons que l’accueillir, lorsque c’est dieu qui nous la donne: « Personne ne prend ma vie, c’est moi qui la place [entre vos mains ou en offrande] de moi même [de ma propre volonté]. » (Jean 10, 18). Pour nous permettre de trouver le chemin, il est venu nous rejoindre et il en a payé le prix de sa propre vie. Il s’est fait l’un de nous et il s’est exposé à l’égarement, l’aveuglement des hommes qui n’en ont pas reconnu l’innocence. Ainsi, lui, l’innocent, nous a montré le chemin du pardon qui nous arrache à ce qui nous retient captifs, il nous a rachetés.
Le rachat c’est le prix qu’on paye pour r-acheter les prisonniers: dans ce verset 24 il y a une insistance particulière pour nous dire que ce prix nous est offert, c’et un don (δωρεὰν) de la grâce (χάριτι) de dieu. Le don de la grâce de dieu est la vie de son propre fils, Jésus Christ, offerte pour nous. Accueillir le don de la grâce de dieu, c’est accueillir le Christ lui-même, son propre esprit qui nous fait à son image et ressemblance.

dikaiosúnē (δικαιοσύνην): justice. Le mot justice joue un rôle central: il y a la justice des hommes et celle de dieu. Dans le contexte d’un procès humain, le fait de rendre justice implique la condamnation si l’accusé se révèle coupable ou l’acquittement s’il se révèle innocent. Dans la justice divine, il en va autrement. Dieu connaît les fautes des hommes, elles ne sont pas cachées pour lui (Psaume 69, 6), mais si on fait appel à sa miséricorde dans un acte de foi, c’est-à-dire de confiance filiale, il ne les compte pas (οὐ λογίζεται) pas, il n’en tient pas compte. Mais il y a quelque chose à ce moment d’encore plus extraordinaire: non seulement l’homme est acquitté, mais il reçoit l’esprit même de dieu qui le rend juste, mais juste de la justice divine. Entrer dans la relation filiale, confiante, avec dieu, implique que le même esprit, souffle vivifiant du père, se communique au fils. Alors, celui que dieu justifie est rendu juste au sens qu’il est habité par cet esprit divin qui fait grâce aux hommes. Celui qui est ainsi justifié sera donc peu à peu transformé par l’esprit qui habite en lui. L’acquisition de l’esprit, va créer un habitus intérieur qui dispose le cœur de l’homme au bien, comme dit Thomas d’Aquin dans le commentaire ci-dessous.
La justice de dieu (δικαιοσύνην) correspond à un acquittement pour celui qui se reconnaît coupable. Reconnaître sa faute, son erreur, cela signifie découvrir qu’on s’est trompé, que le vrai bonheur était ailleurs, était dans la gratuité de la relation d’amour avec dieu et avec notre prochain.

kháris (χάρις): grâce. Ce mot joue un rôle capital: il est traduit en latin par gratia grâce, ce qui est donné gratuitement, ce qui correspond littéralement au français charité. Le mot gratuit vient de gratia, ce qui est donne par grâce, gratis [qui à son tour vient de l’ablatif pluriel gratiis signifiant: par les grâces, par les bonnes grâces, les dons]. Ce mot est aussi utilisé pour dire la gratitude, rendre grâce. La grâce de Dieu, celle qui fait de nous des fils, est le don même de l’esprit saint qui transforme notre coeur et crée en nous un habitus qui dispose le coeur de l’homme au bien. C’est de là que viennent aussi les charismes (de χ᾵ρισμα), les dons de la grâce de dieu, fruits de la présence de l’esprit saint de dieu en l’homme.

Romains 3, 19-31: La loi et le jugement condamnent, mais Dieu fait grâce, il donne son esprit 

19 Οἴδαμεν δὲ ὅτι ὅσα ὁ νόμος λέγει, τοῖς ἐν τῷ νόμῳ λαλεῖ, ἵνα πᾶν στόμα φραγῇ, καὶ ὑπόδικος γένηται πᾶς ὁ κόσμος τῷ θεῷ·
19 Nous savons que tout ce que dit la loi, elle le déclare pour ceux qui sont dans la loi, afin que toute bouche soit empêchée et que tout le monde soit soumis au jugement de dieu.

20 διότι ἐξ ἔργων νόμου οὐ δικαιωθήσεται πᾶσα σὰρξ ἐνώπιον αὐτοῦ· διὰ γὰρ νόμου ἐπίγνωσις ἁμαρτίας.
20 C’est pourquoi à partir des œuvres de la loi toute chair devant lui ne sera pas acquittée (δικαιωθήσεται sera justifiée): par la loi, en effet, [est] la reconnaissance de l’erreur.

La loi divine aide l’humanité à prendre conscience, à reconnaître ce qui l’égare dans la poursuite et l’atteinte du bonheur. Ainsi saint Augustin explique que tout homme cherche son propre bonheur, mais il se trompe de lieu, il le cherche là où il n’est pas. (Voir article Augustin sur le bonheur) Voilà l’erreur des êtres humains, ils se figurent, par exemple, que leur bonheur est dans les biens possédés par leur prochain et ils ne voient pas que le bonheur véritable consiste dans l’amitié et l’amour réciproque, irrémédiablement compromis lorsque nous nous approprions de quelque chose pour nous-mêmes et non pas en vue du bien commun, du partage. Le premier commandement nous invite à retrouver le chemin vers le bonheur, en rappelant que tout nous est élargi par la bienveillance divine et qu’en accueillant la vie, en nous et dans notre prochain dans l’action de grâce, le chemin du bonheur dans l’amitié et les liens familiaux s’ouvre devant nous. Jésus résumera toute la loi à l’amour de dieu et du prochain (Matthieu 38, 40).

21 Νυνὶ δὲ χωρὶς νόμου δικαιοσύνη θεοῦ πεφανέρωται, μαρτυρουμένη ὑπὸ τοῦ νόμου καὶ τῶν προφητῶν·
21 Maintenant, par contre, en dehors de la loi, la justice de dieu a été manifestée, elle appelle à témoins la loi et les prophètes.

22 δικαιοσύνη δὲ θεοῦ διὰ πίστεως Ἰησοῦ χριστοῦ εἰς πάντας καὶ ἐπὶ πάντας τοὺς πιστεύοντας· οὐ γάρ ἐστιν διαστολή·
22 Mais la justice de Dieu [manifestée] à travers la foi de Jésus Christ [est] pour tous et sur tous les croyants: en effet, il n’y a pas de différence:

Il s’agit ici de la foi de Jésus Christ, auteur de la foi, comme dit la lettre aux Hébreux 12, 2, et objet de foi. En nous transmettant son esprit, il rend aussi cette foi et cet amour semblable au sien possible. Ainsi dit aussi le commentaire de saint Thomas d’Aquin sur l’Epître aux Romains lectio 3, 302: « Consequenter autem assignat causam huius iustitiae, et dicit iustitia autem Dei est per fidem Iesu Christi, id est quam ipse tradidit. Hebr. XII, 2: aspicientes in auctorem fidei. » « Ensuite [l’apôtre Paul] désigne la cause de cette justice et dit que la justice de Dieu à traver la foi de Jésus, c’est-à-dire la foi qu’il a lui même transmise (Hébreux 12, 2: « Nous qui regardons l’auteur de la foi [Jésus Christ]) ». En effet l’épitre aux Hébreux utilise le mot grec ἀρχηγὸν arkhēgón l’initiateur, le fondateur, l’auteur, pour parler de Jésus auteur de la foi. Beaucoup de traductions de ce passage de Romains 3, 22 traduisent la foi en Jésus Christ, mais le texte dit exactement la foi de Jésus Christ celle dont lui est le modèle et l’auteur, celle qu’il nous a transmise, comme dit saint Thomas, ci-dessous, en commentant ce verset. Thomas nous rappelle aussi que cette foi même est un don, ce n’est pas quelque chose dont nous pouvons tirer mérite et faire valoir devant Dieu pour avoir droit à notre acquittement ou justification, c’est-à-dire pour être déclarés justes. Il rappelle ainsi aussi l’épître de saint Paul aux Ephésiens (2, 8) qui dit: « C’est par grâce que vous êtes sauvés ». Ici le mot grâce traduit le grec χάρις kháris (voir explication de ce mot dans l’intro ci-dessus).

23 πάντες γὰρ ἥμαρτον καὶ ὑστεροῦνται τῆς δόξης τοῦ θεοῦ,
23 tous, en effet, se sont égarés [se sont trompés] et sont en manque de la gloire de dieu.

24 δικαιούμενοι δωρεὰν τῇ αὐτοῦ χάριτι διὰ τῆς ἀπολυτρώσεως τῆς ἐν χριστῷ Ἰησοῦ·
24 Ils sont acquittés par don (δωρεὰν) par la grâce (χάριτι) de celui-ci par le rachat, celui [qui est] dans le Christ Jésus:

Sur les mots clés utilisés dans ce verset: rachat (ἀπολύτρωσις), don (δωρεὰν) et grâce (χάρις), voir les explication dans l’intro ci-dessu

25 ὃν προέθετο ὁ θεὸς ἱλαστήριον, διὰ τῆς πίστεως, ἐν τῷ αὐτοῦ αἵματι, εἰς ἔνδειξιν τῆς δικαιοσύνης αὐτοῦ, διὰ τὴν πάρεσιν τῶν προγεγονότων ἁμαρτημάτων,
25 c’est lui que dieu a placé devant [les hommes] comme victime propitiatoire, par le moyen de la foi, dans son sang, pour être le signe visible de sa justice, grâce à la rémission des fautes précédentes,

26 ἐν τῇ ἀνοχῇ τοῦ θεοῦ· πρὸς ἔνδειξιν τῆς δικαιοσύνης αὐτοῦ ἐν τῷ νῦν καιρῷ, εἰς τὸ εἴναι αὐτὸν δίκαιον καὶ δικαιοῦντα τὸν ἐκ πίστεως Ἰησοῦ.
26 dans la patience [la retenue] de dieu: signe visible de sa justice pour le temps présent, pour être, lui, juste et en acquittant à partir de la foi en Jésus.

27 Ποῦ οὖν ἡ καύχησις; Ἐξεκλείσθη. Διὰ ποίου νόμου; Tῶν ἔργων; Οὐχί, ἀλλὰ διὰ νόμου πίστεως.
27 Où donc est ce dont on se vante? Cela a été exclu. Pour quelle loi [se vanter]? Pour les œuvres ? Non, si ce n’est pour la loi de la foi.

28 Λογιζόμεθα οὖν πίστει δικαιοῦσθαι ἄνθρωπον, χωρὶς ἔργων νόμου.
28 Nous estimons, donc, que l’homme est acquitté par la foi, en dehors des œuvres de la loi.

29Ἢ Ἰουδαίων ὁ θεὸς μόνον; Οὐχὶ δὲ καὶ ἐθνῶν; Ναὶ καὶ ἐθνῶν·
29 Ou [est-il] le dieu des juifs uniquement? Mais ne [l’est-il] pas aussi des peuples? Oui, aussi des peuples:

30 ἐπείπερ εἷς ὁ θεός, ὃς δικαιώσει περιτομὴν ἐκ πίστεως, καὶ ἀκροβυστίαν διὰ τῆς πίστεως.
30 Puisque un [est] le dieu, qui acquittera [le peuple de] la circoncision à partir de la foi et [le peuple du] prépuce par la foi.

31 Νόμον οὖν καταργοῦμεν διὰ τῆς πίστεως; Μὴ γένοιτο· ἀλλὰ νόμον ἱστῶμεν.
31 Est-ce, donc, que nous rendons inefficace la loi à cause de la foi? Que cela ne soit pas: au contraire nous mettons la loi debout.

Commentaire de Thomas d’Aquin sur l’Épître aux Romains, Chapitre 3, lectio 3, [86180], paragraphes 302, sur Romains 3, 22.  

Consequenter autem assignat causam huius iustitiae, et dicit iustitia autem Dei est per fidem Iesu Christi, id est quam ipse tradidit. Hebr. XII, 2: aspicientes in auctorem fidei, et cetera. Vel etiam quae de ipso habetur. Infra X, 9: quia si confitearis in ore tuo dominum Iesum, et in corde tuo credideris quod Deus illum suscitavit a mortuis, salvus eris.
Ensuite, toutefois, il attribue la cause de cette justice, en disant que la justice de dieu est par la foi de Jésus Christ, c’est-à-dire celle qu’il nous a lui-même transmise. Selon la lettre aux Hébreux 12, 2: « Nous qui regardons l’auteur de la foi, Jésus Christ » ou bien cette foi qu’on a à son sujet, dans Romains 10, 9: « Puisque si tu proclames dans ta bouche que Jésus est seigneur et que tu auras cru dans ton cœur que dieu l’a relevé des morts, tu sera sauvé. »

Dicitur autem iustitia Dei esse per fidem Iesu Christi, non ut quasi per fidem mereamur iustificari, quasi ipsa fides ex nobis existat et per eam mereamur Dei iustitiam, sicut Pelagiani dixerunt, sed quia in ipsa iustificatione qua iustificamur a Deo, primus motus mentis in Deum est per fidem. Accedentem enim ad Deum oportet credere, ut dicitur Hebr. XI, 6.
Toutefois, il est dit que la justice de dieu est par la foi de Jésus Christ, non pas de façon que par la foi nous méritions d’être rendus justes, comme si cette foi venait de nous et que par elle nous méritions la justice de dieu [justice au sens qu’il fasse de nous des justes et qu’il nous acquitte], comme l’ont dit les Pélagiens, mais parce que dans cette justification [dans le fait de nous rendre justes] à travers laquelle nous sommes justifiés par dieu, le premier mouvement de notre esprit en dieu se fait par la foi. En effet, celui qui accède à dieu doit croire, comme il est dit dans la lettre aux Hébreux 11, 6: [« Or, sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu ; car, celui qui s’avance vers Dieu, doit croire qu’il est et qu’il récompense ceux qui le cherchent. »]

Thomas d’Aquin parle ici de la foi comme premier mouvement de l’homme en dieu. C’est-à-dire, une foi que l’homme est entré dans la relation filiale avec dieu et qu’il vit cette relation confiante, c’est-à-dire qui fait foi, en lui. Cette relation filiale, réalisée par la foi qui nous relie à dieu en tant qu’enfants est un don. Dieu nous offre d’être ses fils d’avance, en nous donnant la vie, sans regarder nos mérites. Mais, c’est à l’homme d’accueillir ce don, et s’il l’a refusé d’en redemander afin que dieu puis le lui re-donner, par-donner, c’est-à-dire donner encore et encore. C’est donc à l’homme de se tourner vers dieu, de se convertir, d’opérer une conversion, de se tourner vers dieu, afin d’accueillir son don et son par-don. La foi est donc un don, à l’homme de le demander ou l’accueillir puisqu’il est toujours offert.

Unde et ipsa fides quasi prima pars iustitiae est nobis a Deo. Eph. II, 8: gratia estis salvati per fidem, et cetera. Haec autem fides ex qua est iustitia, non est fides informis, de qua dicitur Iac. II, 26: fides sine operibus mortua est, sed est fides per charitatem formata, de qua dicitur Gal. V, 6: nam in Christo Iesu neque circumcisio aliquid valet sine fide, per quam in nobis habitat Christus.
C’est pourquoi la foi elle même, comme élément initial de la justice, nous vient de dieu. Ainsi dans la lettre aux Éphésiens 2, 8 il est dit: [« En effet, c’est par l’amour gratuit que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu.»] Toutefois, cette foi, par laquelle est la justice, n’est pas la foi informe au sujet de laquelle il est dit dans la lettre de Jacques 2, 26: « La foi sans les œuvres est morte », mais c’est la foi formée par l’amour gratuit (charitas), au sujet de laquelle il est dit dans la lettre aux Galates 5, 6: «En effet, dans le Christ Jésus, ni la circoncision ne vaut quelque chose, ni l’incirconcision sans la foi par laquelle Jésus Christ habite en nous. »

Eph. III, 17: habitare Christum per fidem in cordibus vestris, quod sine charitate non fit. I Io. IV, 16: qui manet in charitate, in Deo manet, et Deus in eo. Haec est etiam fides de qua dicitur Act. XV, 9: fide purificans corda eorum, quae quidem purificatio non fit sine charitate. Prov. X, 12: universa delicta operit charitas.
Aussi dans la lettre aux Éphésiens 3, 17 il est dit: « Que le Christ habite en vos cœurs par la foi » ce qui ne se fait pas sans l’amour gratuit (charitate). Et dans la première lettre de Jean 4, 16: « qui demeure dans l’amour gratuit (in charitate), demeure en dieu et dieu en lui. Celle-ci est la foi dont il est dit dans les Actes des apôtres 15, 9: « en purifiant leurs coeurs par la foi », purification qui ne se fait certainement pas sans l’amour gratuit (charitate). [Et il est dit au] livre des Proverbes: « L’amour gratuit (charitas) couvre tous les délits (delicta).

Commentaire de Thomas d’Aquin sur l’Épître aux Romains, Chapitre 3, lectio 3, [86180], paragraphes 307-309, sur Romains 3, 24.  

Secundo ostendit quae sit causa iustificationis. Et primo ponit ipsam causam, cum dicit, per redemptionem ut enim dicitur Io. VIII, 34: qui facit peccatum, servus est peccati: ex qua quidem servitute homo redimitur si pro peccato satisfaciat. Sicut si aliquis ob culpam commissam obnoxius esset regi ad solvendam pecuniam, ille eum redimere diceretur a noxa, qui pro eo pecuniam solveret. Haec autem noxa ad totum humanum genus pertinebat, quod erat infectum per peccatum primi parentis.
En deuxième, il montre quelle est la cause de la justification. Et en premier, il présente la cause elle-même lorsqu’il dit: « par le rachat (per redemptionem) », comme, en effet, il est dit en Jean 8, 34: « celui qui fait un péché, est esclave du péché. » L’homme est racheté de ce type d’esclavage, s’il donne satisfaction pour son péché [c’est-à-dire s’il offre réparation]. Par exemple: si quelqu’un, à cause d’une faute commise était soumis à payer une somme au roi, on dirait que celui qui l’a racheté de sa faute est celui qui aura payé la somme pour lui. Cependant, cette faute est celle qui concernait tout le genre humain, qui était corrompu à cause du péché des premiers parents.

Unde nullus alius pro peccato totius humani generis satisfacere poterat, nisi solus Christus qui ab omni peccato erat immunis. Unde subdit quae est in Christo Iesu. Quasi dicat: in alio non poterat nobis esse redemptio. I Petr. I, 18: non corruptibilibus auro vel argento. Secundo, ostendit unde ista redemptio efficaciam habuit cum dicit quem proposuit Deus propitiatorem. Ex hoc enim Christi satisfactio efficaciam ad iustificandum habuit, et ad redimendum, quia eum Deus ad hoc ordinaverat secundum suum propositum, quod designat cum dicit quem proposuit Deus propitiatorem. Eph. c. I, 11: qui operatur omnia secundum consilium voluntatis suae.
C’est pourquoi personne d’autre n’aurait pu donner satisfaction [offrir réparation] pour le péché de tout le genre humain, si ce n’est le seul Christ qui était exempt de tout péché. Et [en Romains 3, 24] après « Ils sont acquittés par don [gratuitement] par la grâce de celui-ci par le rachat », il ajoute: « « celui qui est dans le Christ Jésus ». Comme s’il disait: « Pour nous il n’aurait pas pu y avoir de rachat en personne d’autre. » Dans la première lettre de Pierre 1, 18, il est dit: «[Sachant que ce n’est pas] par des choses corruptibles en or ou argent [que vous avez été libérés du mode de vie vain qui vous a été transmis par vos pères, mais par le sang précieux du Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tâche.]. » En deuxième, [l’apôtre] montre d’où ce rachat tient son efficacité lorsqu’il dit [en Romains 3, 25]: « c’est lui que dieu a placé devant [les hommes] comme victime propitiatoire ». C’est, en effet, de cela que la satisfaction [réparation] que le Christ offre tient son efficacité pour justifier et racheter: du fait que dieu l’avait préposé (ordinaverat) à cela, ce que  [l’apôtre] indique en disant: « Il l’a placé comme victime propitiatoire ». Dans la lettre aux Éphésiens 1, 12, il dit: « Qui accomplit tout selon le dessein de sa volonté. »

Vel proposuit. Id est pro omnibus posuit, ut quia humanum genus non habebat unde satisfacere posset, nisi ipse Deus eis redemptorem et satisfactorem daret. Ps. CX, 9: redemptionem misit dominus populo suo. Et sic, dum satisfaciendo, nos redimit a noxa peccati, Deum peccatis nostris propitium facit, quod petebat Psalmista dicens: propitius esto peccatis nostris: et ideo dicit eum propitiatorem. I Io. c. II, 2: propitiatio. In cuius figura, Ex. XXV, v. 17, mandatur quod fiat propitiatorium, id est quod Christus ponatur super arcam, id est, Ecclesiam. Tertio, ostendit per quos redemptionis effectus ad nos perveniat, cum dicit per fidem in sanguine eius, id est, quae est de sanguine eius pro nobis effuso.
Ou bien [il dit]: « Il à placé devant », c’est-à-dire il a placé devant tous, afin que, puisque le genre humain qui n’avait pas de quoi pouvoir satisfaire [réparer], seul dieu lui-même puisse lui donner quelqu’un qui le rachète et donne satisfaction. Le psaume 110, 9 dit: « Dieu a envoyé le rachat à son peuple. » Et ainsi, en même temps qu’il donne satisfaction, il nous rachète de la faute du péché »: il rend dieu indulgent envers nos péchés, c’est ce que demande le psalmiste dans le psaume 79, 9, en disant: « sois indulgent envers nos péchés ». C’est pourquoi [l’apôtre] dit qu’il est celui qui rend [dieu] propice ou bien comme dit la première lettre de Jean 2, 2: « [il est] victime propitiatoire [pour nos péchés et non seulement pour les nôtres mais aussi pour tout le monde]. » Comme figure [qui annonce] cela, dans le livre de l’Exode 25, 17 est commandé qu’un propitiatoire soit fait, c’est–à-dire que le Christ soit placé sur l’arche, qui signifie l’Eglise. En troisième lieu, [l’apôtre] montre à travers quels [chemins] l’effet du rachat parvient jusqu’à nous, lorsqu’il dit à travers la foi dans son sang (Romains 3, 25), c’est-à-dire, cette foi qui est au sujet de son sang versé pour nous.

Ut enim pro nobis satisfaceret, congruebat ut poenam mortis pro nobis subiret, quam homo per peccatum incurrerat, secundum illud Gen. II, 17: quacumque die, et cetera. Unde dicitur I Petr. III, 18: Christus semel pro peccatis nostris mortuus est. Haec autem mors Christi nobis applicatur per fidem, qua credimus per suam mortem mundum redemisse. Gal. II, 20: in fide vivo filii Dei, qui dilexit me, et cetera. Nam et apud homines satisfactio unius alteri non valeret, nisi eam ratam haberet. Et sic patet quomodo sit iustitia per fidem Iesu Christi, ut supra dictum est.
En effet, afin de donner satisfaction pour nous, il était opportun qu’il subisse la peine de mort pour nous, cette peine que l’homme avait encouru à cause du péché, d’après le livre de la Genèse 2, 17: « [Et de l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas] car le jour où tu mangeras de celui-ci, de mort tu mourras. » C’est pourquoi il est dit dans la première lettre de Pierre 3, 18: «Christ est mort une fois pour nos péchés.» Cette mort nous est appliquée à travers la foi, par laquelle nous croyons qu’il a racheté le monde par sa mort. Galates 2, 20 dit: « Je vis dans la foi du fils de dieu, [qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi. » En effet, aussi chez les hommes, que l’un offre satisfaction [répare] à la place d’un autre ne serait pas valable, sans l’accord [la foi] de l’autre. Ainsi, il apparaît comment il y ait une justice [un acquittement, une justification] par la foi de Jésus Christ, comme il a été dit plus haut.

Commentaire de Thomas d’Aquin sur l’Épître aux Romains, Chapitre 3, lectio 4, [86181], paragraphes 317, sur Romains 3, 28.

Deinde cum dicit arbitramur enim, ostendit modum quo per legem fidei gloria Iudaeorum excluditur, dicens: arbitramur enim nos apostoli, veritatem a Christo edocti, hominem quemcumque, sive Iudaeum sive gentilem, iustificari per fidem. Act. XV, 9: fide purificans corda eorum. Et hoc sine operibus legis. Non autem solum sine operibus caeremonialibus, quae gratiam non conferebant, sed solum significabant, sed etiam sine operibus moralium praeceptorum, secundum illud ad Tit. III, 5: non ex operibus iustitiae quae fecimus nos, et cetera. Ita tamen quod hoc intelligat sine operibus praecedentibus iustitiam, non autem sine operibus consequentibus, quia, ut dicitur Iac. II, 26: fides sine operibus, scilicet subsequentibus, mortua est. Et ideo iustificare non potest.
Ensuite, en effet,  lorsque [l’apôtre, en Romains 8, 28] dit : « Nous estimons [que l’homme est rendu juste par la foi, en dehors des œuvres de la loi] », il montre la façon par laquelle par la loi de la foi est exclu [un motif de] gloire pour les Juifs, en disant: nous estimons, en effet, nous les apôtres, instruits de la vérité par le Christ, que tout homme, qu’il soit juif ou des [autres] peuples, est rendu juste par la foi. Dans le livre des Actes des Apôtres 15, 9 il est dit:  » [il n’a pas distingué entre nous et eux], en purifiant par la foi leurs coeurs ». Et cela sans les oeuvres de la loi. Non seulement, toutefois, sans les oeuvres [à caractère] rituel, qui ne conféraient pas la grâce, mais la signifiaient seulement, mais aussi sans les oeuvres [issues] des préceptes moraux, selon ce [que dit] la lettre à Tite 3, 5:  » [il nous a sauvés], non pas à partir des oeuvres de justice que nous avons fait, [mais par sa miséricorde] », etc. Toutefois, il faut comprendre cela [au sens de] sans les oeuvres qui précèdent la justice et non pas sans les oeuvres qui viennent après, comme il est dit dans la lettre de Jacques 2, 26: « la foi sans les oeuvres », c’est-à-dire les oeuvres qui viennent après, « est morte » et donc elle ne peut pas justifier.

Lettre de saint Paul apôtre aux Romains 4, 1-8:

1 Τί οὖν ἐροῦμεν εὑρηκέναι Ἀβραὰμ τὸν προπάτορα ἡμῶν κατὰ σάρκα;
1 Que dirons-nous alors que Abraham, notre ancêtre selon la chair, a trouvé?

2 εἰ γὰρ Ἀβραὰμ ἐξ ἔργων ἐδικαιώθη, ἔχει καύχημα· ἀλλ’ οὐ πρὸς Θεόν,
2 Si Abraham était jugé par la pratique des œuvres, il aurait pu en tirer fierté, mais pas devant Dieu.

3 τί γὰρ ἡ γραφὴ λέγει; Ἐπίστευσεν δὲ Ἀβραὰμ τῷ Θεῷ, καὶ ἐλογίσθη αὐτῷ εἰς δικαιοσύνην.
Or, que dit l’Écriture ? Abraham eut foi en Dieu, et cela fut compté pour l’acquittement (δικαιοσύνην justice).

Le mot δικαιοσύνην justice rapporté à dieu comprend non seulement l’acquittement, mais le fait de rendre juste, celui qui s’est déclaré coupable (voir les explications sur ce mot dans l’intro ci-dessus).

4 τῷ δὲ ἐργαζομένῳ ὁ μισθὸς οὐ λογίζεται κατὰ χάριν ἀλλὰ κατὰ ὀφείλημα·
4 À celui qui travaille, le salaire ne lui est pas accordé par grâce, mais comme un dû.

χάριν c’est la grâce, ce qui est donné, offert, gracieusement, c’est-à-dire gratuitement. Le mot gratis vient de grâce.

5 τῷ δὲ μὴ ἐργαζομένῳ, πιστεύοντι δὲ ἐπὶ τὸν δικαιοῦντα τὸν ἀσεβῆ, λογίζεται ἡ πίστις αὐτοῦ εἰς δικαιοσύνην,
5 Au contraire, à celui qui ne travaille pas, mais qui a foi en celui qui acquitte l’impie, sa foi est comptée pour l’acquittement.

6 καθάπερ καὶ Δαυὶδ λέγει τὸν μακαρισμὸν τοῦ ἀνθρώπου ᾧ ὁ Θεὸς λογίζεται δικαιοσύνην χωρὶς ἔργων·
6 tout comme aussi David dit le bonheur de l’homme au sujet duquel Dieu proclame un acquittement sans les oeuvres:

7 Μακάριοι ὧν ἀφέθησαν αἱ ἀνομίαι καὶ ὧν ἐπεκαλύφθησαν αἱ ἁμαρτίαι·
7 Heureux ceux dont les transgressions à la loi ont été relâchées et les erreurs ont été recouvertes.

Ce qu’on traduit habituellement par péché est le mot ἁμαρτία qui signifie erreur, manque. Ici, saint Paul dit que Dieu recouvre les erreurs, les cache pour dire qu’il ne les mets pas en lumière devant l’homme qui en serait écrasé. Dieu est celui qui ne tient pas compte des fautes lors d’un procès, qui fait grâce, qui acquitte, c’est-à-dire laisse aller les fautes, les relâche. Le verbe utilisé ici, ἀφέθησαν, vient de ἀφίημι c’est-à-dire laisser aller, comme dans un procès qui se résout par l’acquittement.

8 μακάριος ἀνὴρ οὗ οὐ μὴ λογίσηται Κύριος ἁμαρτίαν.
8 Heureux l’homme dont le Seigneur ne comptera pas l’erreur.

Commentaire de Thomas d’Aquin sur l’Épître aux Romains, Chapitre 4, lectio 4, paragraphe 325 , sur Romains 4, 4  

Sed contra hoc potest obiici, quia ex consuetudine operum exteriorum generatur interior habitus, secundum quem etiam cor hominis bene disponitur, ut sit promptum ad bene operandum et in bonis operibus delectetur, sicut philosophus docet in II Ethicorum. Sed dicendum est quod hoc habet locum in iustitia humana, per quam scilicet homo ordinatur ad bonum humanum. Huius enim iustitiae habitus per opera humana potest acquiri, sed iustitia quae habet gloriam apud Deum, ordinatur ad bonum divinum, scilicet futurae gloriae, quae facultatem humanam excedit, secundum illud I Cor. II, 9: in cor hominis non ascendit quae praeparavit Deus diligentibus se. Et ideo opera hominis non sunt proportionata ad huius iustitiae habitum causandum, sed oportet prius iustificari interius cor hominis a Deo, ut opera faciat proportionata divinae gloriae.
Mais, contre cela, on peut objecter que par l’habitude des œuvres extérieures est engendré l’habitus intérieur par l’effet duquel aussi le cœur de l’homme est disposé au bien, afin qu’il soit prêt à agir avec sollicitude et à trouver son bonheur dans les bonnes œuvres, comme le Philosophe [Aristote] l’enseigne dans les deux Éthiques. Mais, il faut dire que cela a lieu dans la justice humaine, par laquelle l’homme est orienté vers un bien humain. En effet, l’habitus de cette justice peut être acquis par des œuvres humaines, mais la justice que revêt la gloire auprès dieu est orientée vers le bien divin, c’est-à-dire vers la gloire future, qui dépasse les capacités humaines [de l’atteindre], d’après ce que dit la première lettre aux Corinthiens 2, 9: ce que dieu a préparé pour ceux qui l’aiment ne parvient pas dans le cœur de l’homme. Donc, les œuvres des hommes ne sont pas proportionnées à causer l’habitus de cette justice, mais il est nécessaire que le cœur de l’homme soit d’abord rendu juste intérieurement par dieu, afin d’accomplir des œuvres proportionnées à la gloire divine.

Romains 5, 5. 20b-21:

5 ἡ δὲ ἐλπὶς οὐ καταισχύνει, ὅτι ἡ ἀγάπη τοῦ θεοῦ ἐκκέχυται ἐν ταῖς καρδίαις ἡμῶν διὰ πνεύματος ἁγίου τοῦ δοθέντος ἡμῖν.
5 mais l’espérance ne met pas dans l’embarras, parce que l’amour de dieu a été déversé dans nos coeurs par l’esprit saint qui nous a été donné.

[…]

20 Νόμος δὲ παρεισῆλθεν, ἵνα πλεονάσῃ τὸ παράπτωμα· οὗ δὲ ἐπλεόνασεν ἡ ἁμαρτία, ὑπερεπερίσσευσεν ἡ χάρις·
20 La loi, par contre, a été introduite, afin que l’erreur abonde: mais là où la faute a abondé, la grâce a été encore plus abondante:

21 ἵνα ὥσπερ ἐβασίλευσεν ἡ ἁμαρτία ἐν τῷ θανάτῳ, οὕτως καὶ ἡ χάρις βασιλεύσῃ διὰ δικαιοσύνης εἰς ζωὴν αἰώνιον, διὰ Ἰησοῦ χριστοῦ τοῦ κυρίου ἡμῶν.
21 afin que, comme la faute a régné dans la mort, ainsi aussi la grâce règne à travers la justice pour la vie éternelle, par Jésus Christ notre seigneur.

Commentaire de Thomas d’Aquin sur l’Épître aux Romains, Chapitre 5, lectio 1, paragraphes 392-393 , sur Romains 5, 5  

Dicit ergo primo: ex hoc possumus scire quod spes non confundit quia charitas Dei diffusa est in cordibus nostris, per spiritum sanctum qui datus est nobis. Charitas Dei autem dupliciter accipi potest. Uno modo pro charitate qua diligit nos Deus, Ier. XXXI, 3: charitate perpetua dilexi te, alio modo potest dici charitas Dei, qua nos Deum diligimus, infra VIII, 38 s.: certus sum quod neque mors neque vita separabit nos a charitate Dei.
Il dit, donc, en premier: à partir de cela nous pouvons savoir que l’espérance ne trompe pas puisque l’amour gratuit (charitas) de dieu a été répandu en nos cœurs par l’esprit saint qui nous a été donné. Cependant, l’amour gratuit de dieu peut être compris de deux façons. D’une façon comme [s’agissant] de l’amour gratuit par lequel dieu nous aime, [comme dit] Jérémie 31, 3: « Je t’ai aimé d’un amour gratuit (charitas) éternel » et d’une autre façon l’amour gratuit (charitas) de dieu peut être dit de l’amour par lequel nous aimons dieu, comme en Romains 8, 38: « Je suis sûr que ni la mort, ni la vie nous séparera de l’amour gratuit de dieu. »

Utraque autem charitas Dei in cordibus nostris diffunditur per spiritum sanctum qui datus est nobis. Spiritum enim sanctum, qui est amor patris et filii, dari nobis, est nos adduci ad participationem amoris, qui est spiritus sanctus, a qua quidem participatione efficimur Dei amatores. Et hoc quod ipsum amamus, signum est, quod ipse nos amet. Prov. VIII, 17: ego diligentes me diligo. Non quasi nos primo dilexerimus Deum, sed quoniam ipse prior dilexit nos, ut dicitur I Io. IV, 10.
Toutefois, tous les deux amours gratuits de dieu sont répandus dans nos cœurs par l’esprit saint qui nous a été donné. En effet, nous donner l’esprit saint, qui est l’amour du père et du fils, nous conduit à la participation de l’amour, qui est l’esprit saint et certainement, par cette participation nous devenons ceux qui aiment (amatores) dieu. Et le fait même que nous l’aimons est le signe que lui-même nous aime. Comme dit le livre des Proverbes: « J’aime ceux qui m’aiment » et la première lettre de Jean 4, 10: « Ce n’est pas comme si nous l’avions aimé en premier, mais [nous l’aimons] parce que c’est lui qui nous a aimés d’abord. »

Dicitur autem charitas, qua nos diligit, in cordibus nostris diffusa esse, quia est in cordibus nostris patenter ostensa per donum sancti spiritus nobis impressum. Io. III, v. 24: in hoc scimus, quoniam manet in nobis Deus, et cetera. Charitas autem qua nos Deum diligimus, dicitur in cordibus nostris diffusa, id est quia ad omnes mores et actus animae perficiendos se extendit; nam, ut dicitur I Cor. XIII, 4: charitas patiens est, benigna est, et cetera. Ex utroque autem intellectu horum verborum concluditur, quod spes non confundit. Si enim accipiatur charitas Dei qua nos diligit Deus, manifestum est quod his quos diligit seipsum non negabit. Deut. XXXIII, 3: dilexit populos, omnes sancti in manu illius sunt. Similiter etiam si charitas Dei accipiatur qua nos Deum diligimus, manifestum est, quod se diligentibus bona aeterna praeparavit. Io. XIV, 21: si quis diligit me, diligetur a patre meo, et cetera.
Toutefois, il est dit que l’amour gratuit par lequel dieu nous aime a été répandu en nos cœurs parce qu’il a été visiblement montré par le don du saint esprit imprimé en nous. L’évangile de Jean 3, 24 dit: « en cela nous savons que dieu demeure en nous, [par l’esprit qu’il nous a donné]. » Toutefois, l’amour gratuit par lequel nous aimons dieu est dit répandu en nos cœurs et cela parce qu’il s’étend jusqu’à parfaire nos mœurs et les actes de l’âme. En effet, comme il est dit dans la première lettre aux Corinthiens 13, 4: « L’amour gratuit (charitas) est patient, bienfaisant, [l’amour gratuit n’est pas envieux, ne se vante pas, n’est pas orgueilleux, n’agit pas indécemment, ne cherche pas les choses pour soi-même, n’est pas facilement provoqué, ne compte pas les torts subis, ne se réjouit pas de l’injustice, mais se réjouit de la vérité, il patiente en tout, croit tout, espère tout, supporte tout]. » Toutefois, à partir des deux façons de comprendre ces deux [l’amour gratuit de dieu pour l’humanité et celui de l’humanité pour dieu] on conclut que l’espérance n’est pas trompée. En effet, si on prend l’amour gratuit de dieu par lequel il nous aime, il est manifeste qu’il ne se refusera pas à ceux qu’il aime. Le livre du Deuteronome 33, 3 dit: « Il a aimé les peuples, tous les saints sont dans sa main. » De façon semblable, aussi si l’on prend l’amour gratuit de dieu par lequel nous aimons dieu, il est manifeste qu’il a préparé les biens éternels pour ceux qui l’aiment. Jean 14, 21 dit: « Si quelqu’un m’aime, il sera aimé par mon père et [moi je l’aimerai et me manifesterai à lui]. »

Cet article est lié à celui qui explique les paroles bibliques qui nous disent que nous sommes les enfants de Dieu, non pas ses serviteurs et aussi à l’article qui parle de la relation filiale.