La relation filiale

Contenu

  • Dieu vivifie les êtres humains par son propre souffle, c’est le don de sa propre vie, cela fait des nous des fils à l’image et ressemblance de dieu
  • Difficulté de l’être humain à croire à l’immensité et à la gratuité de ce don
  • Dieu est soupçonné d’avoir fait cela par intérêt, mais il n’a pas besoin de serviteurs
  • Chacun veut gagner sa part de bonheur, rivalité et divisions entre les hommes
  • Dieu ne cesse de rappeler la gratuité de son amour envers ses enfants, son don est toujours offert, même si les hommes ne l’accueillent pas, il le propose encore et encore, il par-donne, c’est-à-dire il répète son don.

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Cet article donne accès aux approfondissements suivants:

  1. Le Sabbat, le repos de Dieu
  2. Nous sommes les enfants de Dieu, non pas ses serviteurs
  3. La gratuité de l’amour
  4. Le par-don
  5. Le royaume des cieux

La relation filiale, la gratuité du don de Dieu

Un don nous a été offert et nous ne l’accueillons pas, nous pensons posséder seulement ce que nous avons acheté par nous-mêmes. La vie est un don infini et éternel, d’une abondance sans limites, mais nous ne savons pas le voir, nous ne faisons pas confiance. Si nous étions tous au service les uns des autres, comme les membres d’un même corps, il n’y aurait pas de limites à notre bonheur, rien ne nous manquerait et chacun aiderait l’autre par ses talents propres. La vie de chacun serait un trésor pour l’autre, source de joie, d’amitié, de service mutuel, où la faiblesse de l’un est compensée par le don de l’autre et cela dans la réciprocité et la complémentarité.

Ainsi, les pères de l’Eglise, comme saint Ambroise, nous disent que la source de la vie, celle du paradis terrestre qui arrose toute la terre, est dans l’âme de chacun de nous, que nous pouvons nous y abreuver en chacun, que nous pouvons en chacun accueillir une source de joie, d’amitié, de vie et cela sans limites (voir Genèse 2, 4-25 Eden). Tout a été offert à la nature humaine, l’abondance de la vie divine immortelle, mais l’être humain s’en est détourné. C’est l’histoire d’Adam et Eve qui nous dit l’origine de ce qui sépare l’être humain du bonheur. Ce bonheur vient de la relation d’amour qui nous unit les uns aux autres et cette relation commence dans le lien qui nous unit à Dieu. C’est là qu’il faut faire confiance que le don de la vie est un don gratuit, il faut vivre cette relation filiale dans la pleine confiance, l’abandon: se laisser combler comme le petit enfant auquel les parents veulent tout donner. C’est le soupçon sur la gratuité du don, sur la bienveillance divine qui coupe Adam et Eve, le genre humain de la relation bienheureuse avec Dieu, avec la vie, avec leur prochain et qui les sépare l’un de l’autre. Jésus nous manifeste l’attitude de Dieu envers l’humanité: « Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père » (Jean 10, 17-18). Dieu nous a tout donné, sa propre vie, nous avons tout reçu, mais nous voudrions posséder en propre, par nos propres mérites, par nous mêmes, sans dépendre de personne. Si telle était l’attitude de l’enfant, il se priverait du trésor d’amour que les parents lui offrent, au lieu de recevoir dans la gratuité et la confiance, au lieu de vivre pleinement le lien d’amour filial, il chercherait à s’approprier par lui-même de ce que les parents lui offrent dans la joie. Il volerait ce qui lui est offert. La relation de confiance serait cassée et si le regard que nous portons sur l’autre et sur nos propres parents est le regard de celui qui veut s’approprier de leur bien, ce regard ne peut être que caché, honteux, c’est l’attitude du voleur. Le récit d’Adam et Eve nous dit qu’après avoir douté de l’amour gratuit de Dieu et s’être appropriés du fruit de l’arbre de la vie par eux-même, au lieu de le recevoir de Dieu, ils se sont cachés, ils avaient honte et se sentaient nus. Ils ne pouvaient même plus se regarder l’un l’autre. L’arbre de la vie était devenu arbre de la connaissance du bien et du mal, ils ont fait l’expérience du mal, le regard qu’ils portaient l’un sur l’autre cachait leur désir d’appropriation, ce n’était plus l’échange gratuit qui nous comble de joie lorsque nous accueillons dans la confiance la vie qui nous est offerte, dans la beauté et l’amour. (Voir Genèse La faute). C’est là que l’être humain peine à faire vraiment confiance à l’autre: « est-ce qu’il m’aime vraiment, ou bien est-il intéressé? son amour est sincère ou bien attend-ilquelque chose en retour? » Voici ce que l’être humain se dit; si l’enfant devait en faire autant, si ce soupçon portait sur ses propres parents, où trouverait-il encore le bonheur? Adam et Eve essaient de cacher leur honte avec des feuilles de figuier, mais ils n’y parviennent pas et voici que Dieu miséricordieux vient à leur secours: il leur coud des habits de peau et les ramène l’un vers l’autre. Voici l’oeuvre de Dieu: nous conduire vers la confiance. « Voulez-vous entrer dans la vie éternelle? » nous dit Jésus, voulez-vous entrer à nouveau dans la Paradis? rien de plus facile: « Soyez comme un petit enfant » (Matthieu 18, 3), retrouvez la confiance filiale. Retrouvez ce Paradis où l’un se donne entièrement à l’autre et où nous ne formons plus qu’un, comme les membres d’un même corps qui sont chacun au service de l’autre, entièrement donnés. (voir Genèse 3, 1-24 La faute)

Voici donc l’attitude de l’âme humaine envers le don gratuit et ce que le soupçon engendre. Les conséquences de ces actes sont représentées dans le symbole des fils qu’Adam et Eve vont engendrer: c’est l’histoire de Caïn et Abel. Dans l’histoire de ces deux frères se reflète la condition humaine. Nous aussi nous sommes tous frères car nous recevons la vie de la même source, pourtant ce lien fraternel qui devrait être source de joie, qui devrait être un soutien, dans la mesure où nous pouvons compter les uns sur les autres, se transforme en rivalité et jalousie. C’est la division. Dans cette histoire, nous enseigne saint Ambroise, nous voyons les tendances de l’âme humaine qui sont en chacun, chacun de nous est tantôt Caïn, tantôt Abel (voir Genèse 4, 1-8 Caïn et Abel).

L’image de Caïn est celle de l’homme qui s’approprie du don de Dieu pour lui-même et Abel est l’image de celui qui accueille tout ce qui existe comme provenant de cette source infinie de vie qui est en Dieu. L’image de la source de vie, de ce qui nous vivifie nous la percevons dans l’infinie miséricorde du Christ sur la croix, il accueille tous les hommes et en les accueillant malgré leur fautes contre lui, il les réconcilie entre eux, il les reconduit les uns vers les autres afin qu’ils puissent vraiment goûter à cette source de vie, que nous trouvons dans la joie de l’amitié et de l’amour réciproque. C’est de cette source que l’homme s’est coupé, de l’expérience heureuse de la vie fraternelle, dans laquelle nous nous complétons, nous partageons et nous faisons l’expérience du bonheur de Dieu lorsqu’il offre sa vie au genre humain.

Ainsi Caïn, après avoir tué son frère, répond à Dieu qui lui demande où est son frère : « Je ne sais pas. Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? »
Il a perdu le lien fraternel, la source de toute joie. La vie, l’esprit, est dans le lien qui nous unit les uns aux autres et qui nous permet d’éprouver de la joie pour celui qui est dans la joie et d’avoir de la peine pour celui qui est affligé. (Voir aussi le fils prodigue).

Celui qui a goûté à cette source de joie, une source abondante en vie éternelle viendra jaillir en lui et il pourra en abreuver ses frères (voir Jean 4, 1-42 La source d’eau vive). Lorsqu’on a fait l’expérience de la joie d’aimer, tout devient une opportunité pour multiplier cette expérience en accueillant toujours plus nombreux notre prochain. C’est l’expérience de Marie de Magdala assise près de Jésus à l’écouter, elle qui mettra tout son amour dans le geste où elle verse un précieux parfum sur les pieds de Jésus, elle donne tout ce qu’elle a pour honorer celui qui nous ouvre le chemin vers la source de vie, vers la réconciliation, en offrant sa vie pour la multitude. Pour que dans son pardon nous trouvions la force et la joie de pardonner aussi à ceux qui nous ont offensé. (voir Marc 14, 1-11 Le parfum versé sur Jésus)

« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (CCXX). Voici l’expérience de ceux qui ont goûté à la source de vie, de joie, lorsque nous donnons sans compter, en pleine gratuité, car c’est Dieu qui nous a aimés en premier, d’un amour qui veut tout donner: c’est l’amour du père qui dit au fils: « tout ce qui est à moi est à toi ». Entrer dans la relation filiale avec Dieu signifie tout recevoir comme un don. Le don du père qui ne regarde pas les mérites du fils, mais lui offre tout. Ainsi, par des paraboles, Jésus nous invite à quitter notre logique marchande, celle du serviteur qui a mérité son salaire, et à rentrer dans celle du fils qui a déjà reçu d’avance tout ce qui appartient au père. (voir Luc 15, 11-32 Le fils prodigueet Nous ne sommes pas … CCXX).

L’amour qui nous est offert ne peut pas s’acheter, quoi que nos mérites puissent valoir, cela sera toujours dérisoire par rapport au don que nous recevons de dieu: il nous a tout donné, l’immensité de son esprit, de sa béatitude éternelle. Si l’amour pouvait s’acheter, serait-ce encore de l’amour? de cette considération proviennent plusieurs paraboles de l’évangile où il est question de mauvais serviteurs. Jésus essaie de nous faire comprendre que si nous pensons acheter l’amour du Père, l’amour de Dieu, alors nous prêtons à Dieu des traits mesquins, nous en faisons un avare, un père calculateur, comme si une mère attendait que son enfant la paie pour l’allaiter ou des parents d’être rémunérés pour la nourriture qu’ils lui donnent. Ou bien des parents qui attendraient de voir si leur enfant est méritant avant de le reconnaître et de l’appeler fils. Jésus nous dit alors que Dieu n’a pas besoin de serviteurs, ce n’est pas en vue d’un bénéfice qu’il peut tirer de nous, qu’il nous a appelés à la vie, qu’il nous a appelés à partager avec lui son bonheur. Ce bonheur est dans le don, le geste confiant et réciproque qui unit un père et un fils, l’échange profonde et gratifiante entre une mère et l’enfant qu’elle porte en elle. (Voir La gratuité de l’amour)

Ceux qui réclament leurs droits devant un Dieu qui profite de ses serviteurs, n’ont pas accès à leur récompense, ils seront déçus et malheureux, car ils jugeront leur rémunération insuffisante. Ceux qui n’ont pas de mérites à faire valoir, ils se voient comblés au-delà de toute attente. (Voir la parabole des dix mines). Ce que nous imaginons pouvoir exiger de Dieu ne sera qu’à notre propre mesure humaine, c’est-à-dire bien peu de choses par rapport au don que Dieu nous offre en partageant avec nous sa vie elle-même: ce don, venant de l’initiative divine, nous n’avons pas pu le scruter, l’imaginer à l’avance, cela dépasse l’entendement humain. C’est le souffle divin lui-même qui nous redonne vie et nous recrée à son image et ressemblance, nous donnant accès à une relation intime et profonde avec Dieu: la relation même qui unit le fils unique à son père. Alors, ils ne nous appelle pas serviteurs, mais amis, enfants bien-aimés du Père. (voir Nous sommes les enfants de Dieu, non pas ses serviteurs)

C’est alors que nous entrons dans le royaume des cieux, la vie bienheureuse dans laquelle l’esprit d’amour filial nous unit à Dieu faisant de nous un peuple de frères, les membres d’un même corps. C’est alors que nous entrons dans le repos de Dieu (voir Le Sabbat, le repos de Dieu).

Ainsi Jésus envoie les apôtres annoncer au monde que le royaume des cieux s’est approché de nous, il est en nous (Matthieu 10, 7 et Luc 1, 21). La vie du royaume est celle qui nous est apportée par Jésus, il nous en ouvre l’acces (voir Le royaume des cieux). Pour entrer dans la vie éternelle dès maintenant il suffit d’être comme un enfant. Regardons la confiance que le tout petit nourrit à l’égard de ses parents, cela est un modèle de la confiance que nous pouvons mettre en Dieu en vivant cette relation d’amour avec celui qui nous a donné la vie dans la pleine gratuité. Est-ce qu’un enfant doit payer les parents pour la nourriture et l’amour qu’il reçoit ? N’est-ce pas la joie de ses parents de le combler et de le voir heureux ? Et l’amour reconnaissant que l’enfant porte à ses parents est-il le résultat d’une obligation qu’on lui impose ou le fruit spontané de celui qui a connu cette source d’amour gratuit et en est donc re-connaissant? L’enfant, le tout petit, est aussi un modèle de la relation au prochain, il attend du Père l’exhortation à se tourner vers autrui et lorsqu’il est introduit dans cette relation confiante, il ne fait pas de distinction entre le pauvre et le riche, le jeune ou le vieux, l’étranger ou celui qui parle la même langue.