Matthieu 6, 9-13 Notre Père

Contenu

  • Notre Père : dire cela présuppose que le fidèle reconnaît que la vie de toute créature provient d’une même source. En le disant, le fidèle accueille tout être humain comme son propre frère ou sœur. Pour l’homme, le fait de pouvoir appeler dieu Père est un privilège qui lui est accordé par le Christ, qui, en le pardonnant de ses fautes, le rend digne de la filiation divine.
  • Que ton nom soit sanctifié : qu’on célèbre la gloire de dieu, c’est-à-dire l’immensité de son amour, en le proclamant, mais aussi en le rendant visible, le manifestant aux hommes par l’exemple de sa propre vie: c’est dans la vie de chacun que se révèle l’esprit qui l’anime.
  • Que ton règne vienne : le royaume de dieu est présent lorsque les hommes sont unis les uns aux autres par des liens d’amour fraternel. Cette réalité est à la portée de chacun dans la mesure où l’on accueille son prochain dans son cœur, l’ami comme l’ennemi. Le royaume des cieux descendu sur terre c’est le Christ dans lequel on contemple le lien d’amour qui unit dieu à chacune de ses créatures.
  • Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel: la réalité du royaume des cieux est présente dès maintenant dans la mesure où l’on vit dès maintenant l’amour du prochain et qu’on peut accueillir toujours plus d’hommes et de femmes en frères et sœurs, comme cela est le cas au ciel où cet accueil est réalisé en plénitude.
  • Donne-nous le pain qui est immanent, le pain qui vient d’en-haut. Il s’agit d’être nourris de la parole de dieu, de faire confiance en sa parole, en ses promesses. La parole de dieu s’est faîte chair en Jésus Christ. En offrant sa vie pour le pardon des hommes, il a fait alliance avec eux et il a donné son corps et son sang en nourriture, pour sceller avec les hommes une alliance éternelle dans un repas de communion, où l’humanité est unie à la divinité. Le pain qui est le corps du Christ, offert aux hommes lors de son dernier repas, qui anticipait sa mort sur la croix, est une vraie nourriture, c’est le pain descendu du ciel (epioúsios).
  • Remets-nous nos dettes comme nous remettons aussi à nos débiteurs: recevoir le don de l’amour de dieu, accueillir son amour en son cœur, signifie être animé par ce même amour, le rendre visible au monde à son tour, en offrant à son prochain la même miséricorde reçue.
  • Ne nous fait pas entrer dans l’épreuve : la vie est une épreuve qui révèle à chaque instant l’esprit qui anime chacun. Chaque instant est une opportunité de vivre de l’esprit d’amour, d’en être vivifiés, comblés, tout en le manifestant aux autres. À chaque instant l’être humain peut vivre pour le bien ou pour le mal, choisir d’aimer ou pas, voilà l’épreuve. Elle a pour but de conduire à une pleine confiance dans la fidélité du Père, qui aide l’enfant à grandir, le prend par la main dans les difficultés, le comble de son amour. L’épreuve est une opportunité de grandir, de vivre un amour plus grand, avoir l’opportunité de prouver, montrer son amour aussi. Prier de ne pas entrer dans l’épreuve c’est prier pour que cette épreuve ne conduise jamais au désespoir, mais à la confiance, pour ne jamais douter de la sollicitude du Père pour ses enfants.
  • Rends-nous vainqueurs du mal, sauve-nous, délivre-nous, que le mal n’ait pas le dessus, mais que se manifeste en nous la victoire de l’amour, de la lumière sur les ténèbres. C’est la force du don de la confiance, du par-don offert à ceux qui ont offensé, qui, lorsqu’il est offert à l’infini, est vainqueur du cœur endurci. C’est cette phrase qui permet de comprendre que l’épreuve ne doit pas conduire au désespoir mais à la confiance, c’est une affirmation de cet espoir, confiance et foi en l’assistance divine du Père.

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La relation filiale

Le royaume des cieux

Le repas eucharistique


Notre Père: la relation filiale
Jésus lui-même apprend aux hommes à prier et en ses mots il révèle la nature du lien qui unit l’homme à Dieu. Dans ce lien il y a l’origine et la finalité de la vie des être humains. Ce lien est celui qui unit des parents à leur enfants: les parents ont le désir de transmettre le meilleur d’eux-mêmes à leurs enfants et souhaitent que leurs enfants s’épanouissent et grandissent dans l’harmonie et la paix, qu’ils soient comblés. Et lorsqu’ils ont plusieurs enfants, ils sont attentifs à ce que chacun se sache aimé du même amour et qu’ils puissent grandir ensemble en s’aidant les uns les autres et que les liens de leur amour fraternel les fortifient et soient une source de joie. Jésus invite ainsi les enfants de dieu à entrer dans la relation filiale avec lui, il invite ses frères et soeurs humains à vivre la pleine confiance en celui qui leur a donné la vie et qui est plein de sollicitude pour eux. Ils les invite à exprimer leur demandes, tout en expliquant que dieu connaît ce dont ils ont besoin avant qu’il ne lui demandent, mais ce n’est qu’en demandant que l’enfant vit pleinement la relation filiale, qu’il exprime sa confiance. C’est grâce à cette confiance que l’enfant sera aidé par le père, il s’agit de lui donner la main et se laisser conduire lorsqu’il ne connaît pas le chemin ou lorsqu’il traverse un passage difficile. Il s’agit d’écouter les paroles du Père et de les mettre en pratique pour grandir en sagesse et faire à son tour l’expérience de la joie d’aimer et donner sa vie pour ses amis. Jésus lui-même résume en quoi consiste tout l’enseignement du père: « Je vous ai dit ces choses afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit à son comble. La recommandation qui est la mienne est celle-ci: que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimé » (Jean 15, 11-12). Voici les dernières recommandations du père transmises à ses enfants, ses dernières volontés qui résument tout son enseignement, toute la sagesse qu’il voudrait leur transmettre. Ainsi, Jésus enseigne à ses frères à prier pour cela, à demander au père qui est au cieux, qui a donné la vie à tout ce qui existe, de pouvoir accomplir ses volontés et qu’il nous aide en cela.
Que ton nom soit sanctifié:
C’est en cela qu’il sera glorifié par le reflet que ses enfants donneront de lui en ce monde, ils rendront gloire au père, c’est-à-dire manifesteront sa gloire et sa grandeur montrant au monde tout l’amour et la sagesse qu’ils ont reçu de lui, en étant à l’image du père. Or, il s’agit bien de manifester cette filiation divine, l’être humain n’a pas uniquement une naissance terrestre mais l’origine de la vie elle-même se trouve dans la réalité céleste de dieu. Jésus invite les hommes à naître d’en-haut: « Ce qui a été engendré par la chair est chair et ce qui a été engendré par l’esprit est esprit. Ne t’étonnes pas si je te dis: il faut être engendré d’en-haut » (Jean 3, 6-7). L’être humain a ainsi une double naissance: celle qu’il a reçu de ses parents et celle de l’esprit qui vivifie et qui donne vie aussi bien aux enfants qu’aux parents. Cet esprit provient d’en-haut et fait tous les êtres humains à l’image et ressemblance de dieu: capables d’aimer, car dieu est amour (1 Jean 4, 8). Or, tout le Notre Père est une invitation à vivre pleinement le lien qui unit les créatures à leur père céleste, à ne pas oublier la source de toute vie, de tout amour. Rendre gloire à dieu, sanctifier son nom par des vies conduites par son esprit d’amour c’est en même temps honorer ses parents et manifester ce que les hommes ont reçu de dieu.
Le royaume des cieux: Comme les cieux entourent la terre, ainsi la providence divine qui voit l’ensemble de ses créatures pourvoit au besoins de chacune. Comme des cieux vient la lumière du soleil et la pluie et l’air qui assurent la vie à la terre, de même le regard du père qui est dans les cieux connaît les besoins de ses enfants et y pourvoit. Mais quel est le vrai besoin de ses enfants? C’est l’esprit d’amour, c’est le souffle divin qui a déjà été donné à chacun, mais dont les enfants se séparent, c’est la source de vie à laquelle les enfants ne vont plus puiser. Cette vie divine réside dans le lien d’amour qui unit les hommes à dieu et les hommes entre eux. C’est cet esprit qui fait le lien entre tous. Si le lien est vécu dans l’action de grâce et la confiance et l’amour réciproque, alors c’est la paix du royaume des cieux, où dieu est tout en tous. Pour que dieu soit tout en tous, il faut que chacun soit tout amour pour ses frères, comme dieu est tout amour pour chacun. Il faut pouvoir contempler en chacun l’image du père. C’est alors que dieu règne dans le coeur de l’homme, lorsque celui-ci reflète le regard du père sur ses frères et soeurs. La finalité de la vie est de réaliser le royaume de cieux, de vivre de son esprit d’amour pour ses frères et soeurs, ainsi la volonté du père de conduire ses enfants à la joie parfaite sera accomplie sur la terre, comme elle est accomplie dans la réalité céleste où le lien d’amour qui unit le père et le fils est l’expression d’un parfait échange où la volonté du père est parfaitement accueillie par le fils dans la confiance, ce qui lui permet d’accueillir la plénitude de l’amour du père, de la manifester à ses créatures et de lui rendre dans l’action de grâce l’amour dont il a été comblé. Cela est le mystère d’unité de l’unique ousía divine en trois hupostases, le mystère de l’unité de dieu dans la relation d’amour trinitaire.
Le pain epioúsios: Cette communion d’amour dans la relation éternelle qui unit le Père et le Fils et le Saint Esprit est aussi celle à laquelle sont invités à participer les hommes. L’esprit d’amour qui est en dieu, qui est le lien qui unit le père et le fils, est aussi celui qui donne vie au monde par amour, par la volonté de tout partager avec ses créatures. Ce geste d’amour est exprimé par la parole de dieu qui s’est faite chair. Cette parole qui nous exprime parfaitement la volonté du père est celle qui associe les hommes à la vie de dieu. Cet amour dont la plus haute expression est de donner sa propre vie est exprimé en paroles et en vérité par le fils qui a pris la nature humaine et a donné sa vie. En cela, il a créé: par cette parole tout a été fait. Cette parole est le pain descendu du ciel qui fait vivre les hommes. Communier à ce pain, c’est accueillir la vie que dieu offre aux hommes dans l’action de grâce, c’est-à-dire animés par ce même esprit de confiance filiale qui est donné gratuitement au fils et qui est rendu au père dans la gratitude: c’est un amour gratuit qui unit le père et le fils. Lorsque les hommes nourris du pain descendu du ciel, deviennent les membres d’un même corps, le corps du fils, ils accueillent l’amour dont il sont aimés dans la pleine gratuité et, dans l’action de grâce, ils le rendent au père. La grâce est ce qui est donné gratuitement, en latin le mot grâce (gratia) et gratuit (gratis) ont la même origine, c’est pour cela que l’amour de dieu est appelé charité, du mot grec kháris, qui signifie aussi la grâce. La charité (charitas) est l’amour gratuit, gratuit comme celui qui unit des parents à leurs enfants, les enfants à leurs parents et les amis et les frères entre eux. Ce que les hommes veulent toujours se prouver est la gratuité de leur amour, non dicté par un intérêt ou un calcul, pour la joie réciproque d’être ensemble, d’être un. La communion au pain que le Christ donne aux apôtres lors du dernier repas réalise ce mystère où dieu donne sa vie aux hommes et ceux-ci l’accueillent dans l’action de grâce, réunis en même temps fraternellement à la même table, ayant part à la même nourriture. C’est pour cela que dans les deux textes des évangiles, dans celui de Matthieu comme dans celui de Luc, Jésus invite les hommes à demander un pain qui, en grec, est appelé epioúsios, un pain qui concerne l’ousía, un pain qui vient d’en-haut car c’est le père qui le donne. La valeur en grec de ces mots est expliquée en détail par un des premiers pères de l’église: Origène (voir Origène sur le Notre Père). En effet, l’étymologie du mot epioúsios peut être comprise de deux manières différentes:
1. ce qui arrive, ce qui survient (sous-entendu le lendemain)
2. ce qui concerne l’ousía, « ce qui est » (sous-entendu dieu, car ce qui est éminemment est l’être de dieu)
Les hommes, donc, demandent au père qui est dans les cieux de leur donner aujourd’hui du pain, une nourriture, une vraie nourriture. De quel pain s’agit-il? que signifie epiousíos? en tout cas c’est un pain qui vient de dieu, un pain du ciel. Ce pain vient de la sollicitude de dieu pour ses enfants, il sait mieux qu’eux ce dont ils ont besoin. Donc, il pourvoit tout aussi bien le nécessaire pour vivre chaque jour, que ce qui alimente de sa vie divine, ce qui fait vivre de son amour. Dans la mesure où cette nourriture, spirituelle ou matérielle, est reçue dans l’action de grâce l’homme est uni dans un même esprit à dieu, par l’esprit saint de la confiance filiale, de la gratitude, restaurée dans la mesure où la créature retrouve le lien confiant d’amour gratuit qui l’unit à son créateur. C’est ce pain que Jésus offre à ses apôtres lors de la dernière cène en disant: « Ceci est mon corps qui est donné pour vous » (Luc 22, 19) (voir Le repas eucharistique). C’est de ce pain dont Jésus parle lorsqu’il dit: « Le pain de Dieu est celui qui descend du ciel et donne vie au monde… Moi, je suis le pain de la vie: celui qui vient à moi qu’il n’ait pas faim et celui qui croit à moi n’aura jamais soif… Moi, je suis le pain, le vivant qui est descendu du ciel: si quelqu’un mange de ce pain-ci, il vivra pour l’éternité ; et le pain que moi je donnerai est ma chair pour la vie du monde. » (Jean 6, 33-34.51). (voir Jean 6, 22-59 Le pain descendu du ciel).
Pardonne-nous: être pardonnés par dieu signifie accueillir son amour, voir, éprouver l’étendue de son amour, qui ne regarde pas les mérites mais donne sa vie pour ses enfants dans la pleine gratuité. Celui qui accueille ce don fait confiance en cet amour inconditionnel. Le malfaiteur crucifié à côté du Christ après avoir reconnu qu’il n’en était pas digne en confessant qu’il avait mérité le supplice de la croix, s’ouvre à la miséricorde du Christ, fait appel à la bonté du père en lui disant: « Jésus, rappelle-toi de moi, lorsque tu arriveras dans ton royaume » (Luc 23, 42). Cela lui suffit pour accueillir en lui l’immensité du don. Le Christ lui répond: « Amen, je te dis, aujourd’hui tu sera avec moi dans le paradis. » (Luc 23, 43). L’amour de dieu qui demeure en celui qui l’a accueilli porte du fruit. Se savoir aimé, transforme le regard que l’amoureux porte sur le monde, sur son prochain. La preuve d’avoir vraiment reçu cet amour c’est que ceux qui ont été pardonnés vont à leur tour désirer de multiplier cette expérience, offrant eux-mêmes leur pardon à ceux qui ont des dettes envers eux. Le par-don est le don renouvelé de l’amour de dieu. Dieu offre à nouveau son amour à ceux qui l’ont trahi, abandonné. L’accueil de l’amour de dieu précède la générosité de l’homme envers son prochain, c’est parce qu’il a accueilli l’amour de dieu gratuit en son coeur qu’il peut lui aussi pardonner à celui qui a des dettes envers lui. Ainsi, lorsque Zacchée, le collecteur d’impôt malhonnête, accueille l’offre de Jésus de venir demeurer chez lui, il contemple l’immensité de l’amour de dieu, qui l’a regardé sans tenir compte de ses méfaits et qui a renouvelé l’invitation à lui ouvrir la porte de son coeur afin que son amour puisse demeurer en lui. C’est à ce moment-là que Zacchée, ayant mesuré la grandeur de l’amour divin à son égard, en est comblé et désire à son tour en être digne et, pour ce faire, fait don de sa fortune aux pauvres et rend le quadruple à ceux qu’il avait trompé. Alors, Jésus nous invite à accueillir véritablement cet amour et ce pardon de la part de dieu d’abord, pour ensuite l’offrir soi-même aux autres. D’abord, donc la demande du pain de la vie, qui nous ouvre à recevoir, ensuite l’homme qui a assimilé la nourriture divine, devient semblable à dieu et pardonne à son tour. Ce n’est qu’alors qu’il sera rendu digne d’accueillir dieu, parce que dieu lui-même l’aura transformé, purifié.
L’épreuve: La vie entière est une épreuve qui a comme but de conduire l’homme à vivre le plus grand amour, à en faire l’expérience plénière. Le plus grand amour c’est de donner sa vie pour ses amis (Jean 15, 13).  Chaque foi que l’homme est affligé par une épreuve, attaqué par des ennemis, il a une opportunité de vivre, d’offrir un geste d’amour plus grand, de donner sa vie comme le Christ l’a donnée. Alors, il aura lui-même vécu l’amour et fait l’expérience de la victoire de cet amour sur tout mal. Les apôtres disent: « Nous sommes pressés de toute manière, mais non écrasés; nous sommes sans ressources, mais nous ne désespérons pas; nous sommes persécutés, mais non abandonnés; abattus, mais non détruits; portant toujours avec nous dans notre corps la mort de Jésus, afin que aussi la vie de Jésus soit manifestée dans notre corps. En effet, nous qui vivons, nous sommes sans cesse livrés à la mort à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre chair mortelle » (2 Corinthiens 4, 8-11). C’est-à-dire que les épreuves au lieu de les conduire à la haine de leurs persécuteurs ont été l’occasion de manifester au monde un amour encore plus grand. Cependant, dans l’épreuve il y a un danger: danger de se laisser aller au désespoir, de répondre au mal avec le mal. C’est cette épreuve que le peuple hébreux a vécu au désert, lorsqu’il s’est cru abandonné par dieu et par Moïse et s’est tourné vers d’autres dieux. Le lieu où cela s’est passé a été appelé Massah (du verbe nassah, éprouver), là c’est le peuple qui a mis dieu à l’épreuve, car il a douté, il a accusé le Seigneur de l’avoir abandonné. Ce que Jésus enseigne c’est qu’il faut demander à dieu qu’il nous accompagne, qu’il nous guide dans les moments de doute, de désespoir, de révolte, afin qu’avec lui nous puissions traverser l’épreuve et être victorieux du mal, sans que cela nous sépare de dieu. Ne nous laisse pas entrer dans l’épreuve pour que cela nous détruise et nous sépare de toi, mais que par celle-ci tu nous conduise à la victoire sur le mal. Celui qui peut dire Notre Père, c’est-à-dire sanctifier son nom car il manifeste réellement sa filiation divine, c’est qu’il a déjà tout reçu de lui. « Tout ce que vous demandez en priant, vous l’avez reçu et il sera à vous » (Marc 11, 24) et « Combien plus le père du ciel donnera le Saint Esprit à ceux qui lui demandent » (Luc 11, 13). Si nous ne pardonnons pas à notre tour, si nous n’offrons pas notre joue, c’est que nous n’avons pas encore contemplé et accueilli le par-don de dieu, que son amour ne demeure pas en nous. « Si, donc, nous marchons dans la lumière, comme lui est dans la lumière, nous avons une communion les uns avec les autres et le sang de Jésus, son fils, nous purifie de toute faute, si nous disons que nous n’avons pas de faute, nous nous égarons et la vérité n’est pas en nous » (1 Jean 1, 7-8). Être dans cette assemblée de saints signifie en demander la grâce chaque jour et chaque jour accueillir l’épreuve comme une occasion d’accéder à  l’amour, de le prouver et le manifester. Si nous devions échouer septante fois sept fois, le mal n’aura pas le dernier mot: « restez attachés, fidèles jusqu’au bout », c’est là que dieu donnera toute sa mesure, dans la faiblesse de ceux qui ont reconnu chaque jour leur faiblesse, ceux qui ont demandé à être fortifiés, ceux que dieu à conduit à travers l’épreuve et délivré, enfin.

Matthieu 6, 6-13 (Parallèle en Luc 11, 2-4)

6 σὺ δὲ ὅταν προσεύχῃ, εἴσελθε εἰς τὸ ταμιεῖόν σου, καὶ κλείσας τὴν θύραν σου, Πρόσευξαι τῷ πατρί σου τῷ ἐν τῷ κρυπτῷ· καὶ ὁ πατήρ σου ὁ βλέπων ἐν τῷ κρυπτῷ ἀποδώσει σοι ἐν τῷ φανερῷ.
6 Toi, par contre, lorsque tu pries, entre dans ta chambre et ayant fermé ta porte, prie ton père qui [est] dans le secret et ton père qui voit dans le secret te [le] rendra.

7 Προσευχόμενοι δὲ μὴ βαττολογήσητε, ὥσπερ οἱ ἐθνικοί· δοκοῦσι γὰρ ὅτι ἐν τῇ πολυλογίᾳ αὐτῶν εἰσακουσθήσονται.
7 En priant, ne rabâchez pas, comme ceux des [autres] peuples: en effet, ils croient qu’à beaucoup parler, ils seront écoutés.

8 μὴ οὖν ὁμοιωθῆτε αὐτοῖς· οἶδε γὰρ ὁ πατὴρ ὑμῶν ὧν χρείαν ἔχετε, πρὸ τοῦ ὑμᾶς αἰτῆσαι αὐτόν.
8 Donc, ne soyez pas comme eux: en effet, votre père connaît ce dont vous avez besoin, avant que vous lui demandiez.

9 οὕτως οὖν προσεύχεσθε ὑμεῖς· Πάτερ ἡμῶν ὁ ἐν τοῖς οὐρανοῖς, ἁγιασθήτω τὸ ὄνομά σου·
9 Vous, donc, priez ainsi: « Notre Père qui [est] dans les cieux, ton nom soit sanctifié;

Sanctifier le nom de dieu: en montrer la gloire et la splendeur, c’est à dire l’immensité de son amour. C’est lorsqu’il va être élevé sur la croix que Jésus dit: « Maintenant est venu, pour le fils de l’homme, le moment d’être glorifié. » Sur la croix, en effet, en offrant son pardon, même à ses ennemis, il montrera l’étendue de l’amour de dieu. Nous aussi nous sommes faits pour être un reflet de cet amour, de cette gloire de dieu et la manifester au monde, en tant qu’enfants de dieu, enfants de lumière. C’est aux hommes de sanctifier le nom de dieu en manifestant son amour, sa gloire, tout comme un père est glorifié par le fils qui, par ses qualités, reflète celles de ses parents. Il faut ajouter aussi que certains Pères de l’Eglise rappellent que le nom de dieu, révélé aux hommes, est celui de Jésus et que sanctifier le nom de dieu c’est aussi professer sa foi en Jésus Christ.

10 ἐλθέτω ἡ βασιλεία σου· γενηθήτω τὸ θέλημά σου, ὡς ἐν οὐρανῷ καὶ ἐπὶ τῆς γῆς·
10 Vienne ton royaume, soit faite ta volonté, comme dans le ciel aussi sur la terre.

11 τὸν ἄρτον ἡμῶν τὸν ἐπιούσιον δὸς ἡμῖν σήμερον·
11 donne nous aujourd’hui notre pain epioúsion (ἐπιούσιον);

Le pain epioúsios. Les traductions anciennes de ce mot sont variées. Cela est dû à une double lecture possible. En effet la même forme, epioúsios, peut dériver de deux verbes qui s’écrivent les deux ἔπειμι (épeimi), mais l’un est formé de la préposition ἐπί (epí), sur, plus le verbe εἶμι, aller ou venir, et l’autre formé de ἐπί plus εἰμί, être. La forme –oúsios vient à son tour du participe oûs– plus le suffixe adjectival –ios qui est aussi identique au masculin singulier pour les deux verbes, aller et être. Donc, si on lit:
1. epioúsios comme dérivé de εἶμι a la signification de ce qui va arriver. On trouve, ainsi, l’expression ἡ ἐπιοῦσα ἡμέρα pour dire le jour suivant, celui qui est sur (epí) le point de venir. ἔπειμι signifie s’approcher, avancer.
2. epioúsios comme dérivé de εἰμί a la signification d’être au-dessus, être placé au-dessus (au sens figuré un danger se tient au-dessus, surplombe, est imminent). En ce cas –oúsios qui contient le participe du verbe être, peut aussi être lu comme un adjectif signifiant: relatif à l’ousía, « ce qui est ». Le mot ousía, en effet, est lui aussi formé à partir du participe du verbe être et signifie donc ce qui a la qualité d’être et cela a été traduit en latin par essence ou substance.
Néanmoins la forme epioúsios dérivé du verbe εἰμί, être, est rare, il s’agit d’un mot qui ne se trouve pas dans d’autres textes littéraire grecs anciens, il apparaît seulement dans les Evangiles. Cette ambiguïté de dérivation de l’adjectif epioúsios a porté à deux lignes de lecture:
1. ceux qui y lisent le pain, la nourriture, que dieu assure à ses enfants chaque jour
2. ceux qui y voient d’avantage l’aliment essentiel, celui qui n’est pas seulement corporel, ce pain qui concerne « ce qui est », la divinité elle-même, qui provient d’en haut, le pain descendu du ciel, dont parle longuement Jésus.
Or, en réalité, ces deux lectures ne sont pas très éloignées l’une de l’autre si l’on est à l’écoute de la tradition d’interprétation des chrétiens des premiers siècles, notamment des Pères de l’Eglise. En effet, les deux renvoient à une nourriture qui se tient au-dessus de nous, qui va venir, qui est imminente, qui survient. Les deux renvoient donc au geste de dieu qui pourvoit à la nourriture de ses enfants et ne leur fait pas manquer le nécessaire, l’essentiel, pour leur survie et cela comprend aussi bien le pain matériel, que l’aliment spirituel, car l’homme ne se nourrit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de dieu. Et la parole qui est sortie de dieu est Jésus lui-même, la parole qui s’est faite chair. En Jean 8, 42, Jésus nous dit: « Je suis sorti de dieu » (ἐκ τοῦ θεοῦ ἐξῆλθον); en Jean 6, 41: « Je suis le pain qui est descendu du ciel » et en Jean 6, 35: « Je suis le pain de la vie. » (voir Jean 6, 22-59 Le pain descendu du ciel).
Donc, aussi bien les Pères grecs que latins rappellent que dieu pourvoit à la subsistance de ses enfants autant corporelle que spirituelle, mais, comme Jésus, ils invitent à chercher la nourriture qui vient d’en haut, celle qui alimente l’esprit après la nouvelle naissance du baptême.
Ainsi:
1. dans la tradition grecque, Origène parle du pain dont l’ousía vient d’en-haut (voir Origène sur le Notre Père).
2. dans la tradition latine, Jérôme, l’ancien traducteur de la Bible, traduit epioúsios par supersubstantialis, dans le sens de « qui a une substance qui est au-dessus, supérieure ». (voir Jérôme sur le Notre Père).
Les deux traditions, donc, relient immédiatement le pain qui est demandé dans le Notre Père aux mots prononcés par Jésus lors de la dernière cène en prenant le pain: « Ceci est mon corps ». En ce sens le pain dont parle le Notre Père est celui que Jésus lui-même nous donne, un pain qui contient l’ousía divine, un pain descendu du ciel, comme il a annoncé après la multiplication des pains sur la montagne lorsqu’il a dit: « Je suis le pain de la vie » (Jean 6, 35).
Mais, pour bien comprendre le sens des paroles de Jésus, il faut aussi rappeler les mots qui étaient utilisés à cette époque dans les versions araméennes de la Bible, comme le fait Jérôme dans son Commentaire de l’évangile de Matthieu. Or, ce que Jésus exprime en introduisant le Notre Père (Matthieu 6, 8), en disant: « Votre père connaît ce dont vous avez besoin, avant que vous lui demandiez », correspond à une vision de la sollicitude divine envers ses enfants très répandue dans les peuples sémitiques. C’est ce que les peuples de langue arabe expriment encore aujourd’hui en parlant du rizq cette part qui nous est donné par dieu chaque jour. Or, dieu, qui connaît les vrais besoins des hommes, leur fournit non seulement le nécessaire pour leurs subsistance quotidienne, mais aussi l’aliment spirituel qui les enracine dans la vie éternelle, la vie du royaume des cieux. L’essentiel de cette vie est le lien d’amour qui unit les hommes à dieu et entre eux, c’est par l’esprit de dieu que l’humanité subsiste, unie au Christ qui est la tête d’un corps dont les hommes sont les membres: son esprit les vivifie, cet esprit qui vient de dieu. S’alimenter avec le corps du Christ, boire son sang signifie s’unir à lui et en être vivifiés, fortifiés par son esprit.
Pour bien comprendre que ce qui est nécessaire pour vivre chaque jour est donné par dieu, il faut aussi analyser l’épisode de la manne, la nourriture dont dieu a nourri le peuple juif qu’il conduisait à travers le désert vers la terre promise. Lorsque le peuple n’eut plus de quoi manger, dieu leur a envoyé la manne, une substance qu’ils pouvaient recueillir au matin sur la surface du sol. La particularité de cette nourriture était qu’on ne pouvait pas en faire des réserves, elle ne se conservait pas pour le jour d’après, chaque jour, il fallait faire confiance au lendemain, il fallait confier chaque jour dans le secour divin. Cet épisode est raconté dans le chapitre 16 du livre de l’Exode, dont voici le verset 4:
וַיֹּ֤אמֶר יְהוָה֙ אֶל־מֹשֶׁ֔ה הִנְנִ֨י מַמְטִ֥יר לָכֶ֛ם לֶ֖חֶם מִן־הַשָּׁמָ֑יִם וְיָצָ֨א הָעָ֤ם וְלָֽקְטוּ֙ דְּבַר־יֹ֣ום בְּיֹומֹ֔ו לְמַ֧עַן אֲנַסֶּ֛נּוּ הֲיֵלֵ֥ךְ בְּתֹורָתִ֖י אִם־לֹֽא׃
Et le Seigneur dit à Moïse: « Voici, je ferai pleuvoir pour vous du pain des cieux et le peuple sortira et récoltera la parole (devar) du jour en chaque jour pour que je le mette à l’épreuve: est-ce qu’il marchera selon ma torah [de la racine iarah enseigner, guider] ou non?
Il est intéressant de noter que le pain que le peuple récoltera chaque jour est désigné comme la parole (devar) du jour. Or, ce mot est très important car les dix paroles que dieu a donné à Moïse sur le Mont Sinaï sont aussi appelées devarim (pluriel de devar) et que dans ce même verset est présent le mot torah, qui désigne aussi, en plus de la « guidance » quotidienne de dieu,  l’ensemble de l’enseignement que dieu a donné à son peuple. Donc, voilà une nourriture miraculeuse qui conduit aussi le peuple par la parole de dieu, selon son enseignement. Et, voici ce qui est bien spécifié: on ne peut pas l’amasser, en faire provision, c’est chaque jour qu’il faut faire confiance en l’assistance divine, en son rizq, la part vitale qui est assignée à chaque homme: chaque jour il faut que le peuple se laisse guider par lui, chaque jour il faut qu’il renouvelle sa confiance et donc sa foi en lui. Jésus aussi, dans le long discours qui suit le Notre Père, qui exhorte à ne pas amasser des richesses, à ne pas faire de provisions, à ne pas s’inquiéter du lendemain, nous rappelle que « à chaque jour suffit sa peine » (Matthieu 6, 34).

Les plus anciennes traductions de ce mot sont celles qu’on peut retrouver dans les lectionnaires araméens ou araméens-syriaques, c’est-à-dire des livres qui étaient utilisés pour la liturgie dans les monastères ou églises de Palestine ou dans les régions plus orientales où l’on parlait une forme d’araméen appelée syriaque (voir Versions araméennes du Notre Père). Une version de la bible en syriaque, appelée Peshitta, était en usage dans les églises orientales. Parmi les commentaires des Pères de l’Eglise à propos du mot epioúsios le commentaire de l’ancien traducteur de la bible en latin , saint Jerôme, rend compte de plusieurs traductions araméennes de ce mot. Voici différents termes utilisés dans les textes araméens:
‘atira, ‘atirin: (lectionnaire araméen) riche, abondant. On pourrait aussi imaginer pour ce mot la variante ‘atidin: qui doit venir, qui vient
sunqonon: (utilisé dans la Peshitta) de la racine snq avoir besoin, être nécessaire. Ce même mot se retrouve aussi dans 1 Corinthiens 12, 22 pour traduire le grec anankaîos qui signifie nécessaire.
amyno deyuma’: (Cureton) dans lequel nous confions (amyno), de ce jour (deyuma’)
amyno dekolyom: (Sinaïtic palympsest) dans lequel nous confions ou bien constant (amyno) de chaque jour (dekolyom)

12 καὶ ἄφες ἡμῖν τὰ ὀφειλήματα ἡμῶν, ὡς καὶ ἡμεῖς ἀφίεμεν τοῖς ὀφειλέταις ἡμῶν·
12 et remets-nous nos obligations, comme nous aussi nous remettons à ceux qui sont obligés envers nous;

13 καὶ μὴ εἰσενέγκῃς ἡμᾶς εἰς πειρασμόν, ἀλλὰ ῥῦσαι ἡμᾶς ἀπὸ τοῦ πονηροῦ. [ὅτι σοῦ ἐστιν ἡ βασιλεία καὶ ἡ δύναμις καὶ ἡ δόξα εἰς τοὺς αἰῶνας. ἀμήν.]
13 et ne nous fais pas entrer dans l’épreuve, mais libère-nous du mal. [Parce à toi est le règne et la puissance et la gloire pour les âges. Amen.]

Ne nous fais pas entrer (mē eisenénkēis hēmās) dans la tentation: dans les plus anciennes versions araméennes et aussi dans la version syriaque de la Peshitta, au verbe grec eisphérō qui signifie introduire, conduire vers ou dedans, correspondent les formes araméennes t‘il et t‘l, formes factitives de la racine ‘ll qui signifie entrer et qui ont donc le même sens qu’en grec: faire entrer. Dans une autre ancienne version syriaque des évangiles (Cureton) figure la forme factitive tyt du verbe ‘t’ venir qui signifie aussi conduire.
La tentation: tous les textes araméens portent le même mot, nesyono, de la racine nsy dont la forme intensive, nessy (nissah en hébreu) signifie mettre à l’épreuve, tester. Cette racine intervient dans un épisode fameux dans la Bible, celui où le peuple s’est révolté contre Dieu, l’a contesté et mis à l’épreuve. En effet, lorsque le peuple était conduit au désert par la nuée lumineuse, en marche vers la terre promise, il s’est retrouvé sans eau et s’est attaqué à Moïse en criant. Moïse qui a risqué la lapidation, interpelle Dieu qui lui dit de frapper le rocher avec le bâton qui avait divisé miraculeusement les eaux à la sortie d’Egypte et de faire désaltérer le peuple aux eaux qui surgiront du rocher. Ensuite Moïse appellera ce lieu du nom de Massa et Mériba comme l’explique le verset de Exode 17, 7:
וַיִּקְרָא֙ שֵׁ֣ם הַמָּקֹ֔ום מַסָּ֖ה וּמְרִיבָ֑ה עַל־רִ֣יב ׀ בְּנֵ֣י יִשְׂרָאֵ֗ל וְעַ֨ל נַסֹּתָ֤ם אֶת־יְהוָה֙ לֵאמֹ֔ר הֲיֵ֧שׁ יְהוָ֛ה בְּקִרְבֵּ֖נוּ אִם־אָֽיִן׃
Et il [Moïse] appela ce lieu du nom de Massa et Mériba à cause de l’accusation portée par les fils d’Israël et à cause du fait qu’ils aient mis à l’épreuve le Seigneur en disant: « Est-ce qu’il y a un Seigneur auprès de nous ou pas? »
Ce passage explique entre autres l’étymologie du mot Massa, il vient du verbe nissah mettre à l’épreuve, en effet Moïse dit: le fait de leur mettre à l’épreuve (nassotam), on peut traduire en français par: le fait qu’ils aient mis à l’épreuve. En effet, ils ont mis à l’épreuve dieu, c’est cela que le verbe nissah signifie et le mot araméen nessayona exprime exactement cela, le fait d’être mis à l’épreuve. Une tentation, mais une tentation qui a une finalité, c’est celle de mettre en évidence, de révéler la fidélité, la grandeur d’âme des saints. En effet, ici, le peuple veut mettre à l’épreuve dieu, mais souvent dans la Bible c’est dieu qui met à l’épreuve ses fidèles, pour mettre en valeur leur fidélité, comme le montre le livre de Job, ou bien le livre de la Genèse (22, 1-18) où dieu met à l’épreuve la foi d’Abraham en lui demandant de sacrifier son fils Isaac. Or, cela ne met pas seulement en lumière la fidélité d’Abraham ou de Job, mais révèle aussi la grandeur de dieu, sa fidélité à lui. Le livre du Deutéronome rappelle à plusieurs reprises (Deutéronome 7, 19; 29, 2) les grandes épreuves (massot) et les signes grandioses auxquels l’Egypte a été soumis, elles ont révélé la grandeur de dieu. Rappelons aussi qu’une racine toute proche de nassah (נסה) est la racine verbale nassa’ (נשא) qui signifie élever. Ainsi, on pourrait comprendre que l’épreuve à laquelle le genre humain est soumis a comme but de l’élever, qu’il puisse en sortir grandi, que sa fidélité et donc son amour apparaisse et soit vécu au maximum. Le but de l’existence humaine est celui de faire l’expérience du plus grand amour: « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » La difficulté du genre humain c’est de croire à l’amour de l’autre ou de prouver à l’autre combien grand est l’amour qu’il lui porte. C’est dans l’épreuve que cela non seulement se révèle, mais qu’on en fait l’expérience et on le découvre. Il faut l’avoir vécu, mis en pratique, l’avoir éprouvé pour le connaître et pour se connaître soi-même, pour connaître de quel amour on est capable. C’est cela la gloire de dieu, du Christ qui a donné sa vie sur la croix et a révélé aux hommes de quel amour il les aime et c’est la gloire de chacun qui manifeste au monde dans quel mesure l’amour l’anime, cet amour qu’il a reçu de dieu et qui le fait à l’image de dieu. De telle façon aussi dieu est glorifié dans ses enfants et la créature en lui. Mais, il faut pouvoir assumer cet amour, le faire sien, aller jusqu’au bout de l’amour dans les difficultés c’est aussi montrer sa foi dans le secours divin, lorsqu’on va au-delà de ses propres forces, lorsqu’on affronte la mort: on sait que l’ennemi sera apparemment plus fort, mais on fait confiance à l’amour qui sera encore plus fort que la mort, à l’amour qui portera des fruits selon le dessein divin. Comme l’explique la Lettre aux Hébreux 11, 19 et l’apôtre Paul (Romains 4, 17): Abraham au moment de sacrifier le fils de la promesse a fait confiance à celui qui lui avait donné la vie, qui lui avait offert miraculeusement un fils. Il a cru que dieu lui rendrait la vie par delà la mort. Sacrifier son fils, pour Abraham, aurait été encore plus dur que sacrifier sa propre vie: il aurait volontiers donné sa propre vie pour son fils, mais ôter la vie à son fils, faire une totale confiance à dieu, cela était une épreuve encore plus grande. Il a été prêt à le faire, mais dieu l’a arrête, ce n’est pas le sacrifice d’Isaac que dieu demandait en vérité, c’est lui même qui, en Jésus Christ, aurait un jour donné sa vie pour ses enfants.
Alors, qu’est-ce qu’on demande, lorsqu’on prie: « Ne nous fais pas entrer dans l’épreuve »? La condition humaine est entièrement plongée dans cette épreuve, Jésus ne nous inviterait pas à demander l’impossible, que nous soyons entièrement soustraits à cette épreuve, comme dit Origène (voir Origène sur le Notre Père). Mais il faut se rappeler des conséquences négatives de cette épreuve si au lieu de fortifier et élever l’homme, l’épreuve le conduit à ne plus croire à l’assistance divine, à l’aide du  père pour ses enfants. Il n’est nullement dans l’intention de bons parents de mettre au monde un enfant et puis de laisser le bébé se débrouiller tout seul, à peine né chercher tout seul son lait. La nature va jusqu’à prévoir que la mère ne doive pas aller chercher ce lait elle-même, mais elle lui donne de quoi nourrir son enfant et cela est le cas non seulement pour les êtres humains, mais aussi pour les animaux. Mais l’enfant qui ne voudrait rien recevoir de ses parents est perdu. Voici, ce qu’explique Moïse, lorsqu’il dit qu’ils ont mis à l’épreuve le Seigneur en disant: « Est-ce qu’il y a un Seigneur auprès de nous ou pas? » La tentation, l’épreuve qui conduit à s’éloigner du père et à chercher d’autres fausses divinités, l’or, l’argent. Voici ce qui est arrivé au peuple lorsque Moïse s’est absenté pendant quarante jours sur la montagne: ils se sont fait un veau d’or. Toute épreuve est faite pour nous donner l’opportunité de réparer, de grandir dans l’amour, dans la confiance, dans la foi. L’épreuve est là pour établir une victoire sur le mal qui porte atteinte à la condition de l’homme. Alors, la prière de Jésus enseigne aux hommes à demander de ne pas les laisser pénétrer dans la tentation jusqu’à se séparer du père, jusqu’à perdre l’espoir, au-delà de leurs forces, mais de les rendre vainqueurs du mal. En effet, le verbe rhuomai, par lequel il est demandé à Dieu d’être libéré du mal, signifie aussi être sauvé, de la mort, du mal, du danger, des ennemis. Il s’agit de conduire hors du danger, Dieu tient ses enfants par la main et les accompagne dans les épreuves, les conduisant vers la sortie et la victoire. L’oeuvre de dieu est celle de venir au secours de ses enfants qui se sont égarés, perdus, qui ont été séduit par le tentateur. L’oeuvre de dieu, se manifeste en son fils dont le nom, Jehoshu‘a signifie « Dieu sauve ».

14 ἐὰν γὰρ ἀφῆτε τοῖς ἀνθρώποις τὰ παραπτώματα αὐτῶν, ἀφήσει καὶ ὑμῖν ὁ πατὴρ ὑμῶν ὁ οὐράνιος·
14 En effet, si vous remettez aux hommes leurs fautes, votre père céleste remettra aussi à vous.

15 ἐὰν δὲ μὴ ἀφῆτε τοῖς ἀνθρώποις τὰ παραπτώματα αὐτῶν, οὐδὲ ὁ πατὴρ ὑμῶν ἀφήσει τὰ παραπτώματα ὑμῶν.
15 Par contre, si vous ne remettez pas aux hommes leurs fautes, votre père non plus ne remettra pas vos fautes.

Luc 11, 1-13

1 Καὶ ἐγένετο ἐν τῷ εἶναι αὐτὸν ἐν τόπῳ τινὶ προσευχόμενον, ὡς ἐπαύσατο, εἶπέν τις τῶν μαθητῶν αὐτοῦ πρὸς αὐτόν Κύριε, δίδαξον ἡμᾶς προσεύχεσθαι, καθὼς καὶ Ἰωάνης ἐδίδαξεν τοὺς μαθητὰς αὐτοῦ.
1 Et, il advint qu’il était en train de prier en un certain lieu, lorsqu’il termina, un de ses disciples lui dit: « Seigneur, apprends-nous à prier, comme aussi Jean apprit à ses disciples.

2 εἶπεν δὲ αὐτοῖς Ὅταν προσεύχησθε, λέγετε Πάτερ, ἁγιασθήτω τὸ ὄνομά σου· ἐλθάτω ἡ βασιλεία σου·
2 Il leur dit: « Lorsque vous priez, dites: « Père, que ton nom soit sanctifié; que ton règne vienne;

3 τὸν ἄρτον ἡμῶν τὸν ἐπιούσιον δίδου ἡμῖν τὸ καθ’ ἡμέραν·
3 notre pain epioúsion donne-nous chaque jour;

4 καὶ ἄφες ἡμῖν τὰς ἁμαρτίας ἡμῶν, καὶ γὰρ αὐτοὶ ἀφίομεν παντὶ ὀφείλοντι ἡμῖν· καὶ μὴ εἰσενέγκῃς ἡμᾶς εἰς πειρασμόν.
4 et remets-nous nos fautes, en effet, nous aussi nous remettons à tous ceux qui sont obligés envers nous; et ne nous fais pas entrer dans l’épreuve. »

5 Καὶ εἶπεν πρὸς αὐτούς Τίς ἐξ ὑμῶν ἕξει φίλον, καὶ πορεύσεται πρὸς αὐτὸν μεσονυκτίου καὶ εἴπῃ αὐτῷ Φίλε, χρῆσόν μοι τρεῖς ἄρτους,
5 Et il leur dit: « Quelqu’un de vous aurait un ami et [cet ami] viendrait chez lui à minuit et qu’il lui dise: « Ami, prête moi trois pains,

6 ἐπειδὴ φίλος μου παρεγένετο ἐξ ὁδοῦ πρός με καὶ οὐκ ἔχω ὃ παραθήσω αὐτῷ·
6 puisque un ami à moi est apparu du chemin auprès de moi et je n’ai pas ce que je pourrais lui offrir [littéralement: ce que je mettrai devant lui].

7 κἀκεῖνος ἔσωθεν ἀποκριθεὶς εἴπῃ Μή μοι κόπους πάρεχε· ἤδη ἡ θύρα κέκλεισται, καὶ τὰ παιδία μου μετ’ ἐμοῦ εἰς τὴν κοίτην εἰσίν· οὐ δύναμαι ἀναστὰς δοῦναί σοι.
7 et que celui-ci répondant de l’intérieur dise: « Ne m’importune pas: la porte a déjà été fermée et mes enfants sont déjà au lit avec moi: je ne peux pas me lever et te le donner. »

8 λέγω ὑμῖν, εἰ καὶ οὐ δώσει αὐτῷ ἀναστὰς διὰ τὸ εἶναι φίλον αὐτοῦ, διά γε τὴν ἀναιδίαν αὐτοῦ ἐγερθεὶς δώσει αὐτῷ ὅσων χρῄζει.
8 Je vous dis, que même s’il ne se lèvera et lui donnera à cause du fait qu’il est son ami, il se lèvera et lui donnera tout ce qu’il lui faut à cause de son impudence.

9 Κἀγὼ ὑμῖν λέγω, αἰτεῖτε, καὶ δοθήσεται ὑμῖν· ζητεῖτε, καὶ εὑρήσετε· κρούετε, καὶ ἀνοιγήσεται ὑμῖν·
9 Et moi, je vous dis: « demandez et il vous sera donné; cherchez et vous trouverez; frappez et il vous sera ouvert;

10 πᾶς γὰρ ὁ αἰτῶν λαμβάνει, καὶ ὁ ζητῶν εὑρίσκει, καὶ τῷ κρούοντι ἀνοιγήσεται.
10 en effet, tous ceux qui demandent reçoivent et ceux qui cherchent trouvent et à celui qui frappe, il sera ouvert.

11 τίνα δὲ ἐξ ὑμῶν τὸν πατέρα αἰτήσει ὁ υἱὸς ἰχθύν, μὴ ἀντὶ ἰχθύος ὄφιν αὐτῷ ἐπιδώσει;
11 Quel père d’entre vous au fils qui demanderait un poisson, donnerait un serpent à la place?

12 ἢ καὶ αἰτήσει ᾠόν, ἐπιδώσει αὐτῷ σκορπίον;
12 ou bien il demanderait un oeuf et il lui donnerait un scorpion?

13 εἰ οὖν ὑμεῖς πονηροὶ ὑπάρχοντες οἴδατε δόματα ἀγαθὰ διδόναι τοῖς τέκνοις ὑμῶν, πόσῳ μᾶλλον ὁ Πατὴρ ὁ ἐξ οὐρανοῦ δώσει Πνεῦμα Ἅγιον τοῖς αἰτοῦσιν αὐτόν.
13 si donc vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bons dons à vos enfants, combien plus le père du ciel donnera le Saint Esprit à ceux qui lui demandent.