Nous sommes les enfants de Dieu, non pas ses serviteurs

Contenu

  • L’esclavage historique du peuple juif en Egypte renvoie, dans la bible, à un esclavage sur le plan spirituel: l’humanité esclave du mal
  • Jésus offre son pardon à l’humanité prisonnière de l’enchaînement des violences et la libère
  • Il paie le prix du sang pour les fautes des hommes en offrant sa vie comme l’agneau de Pâque. Il rachète les hommes de l’esclavage
  • Ce geste prouve la gratuité de l’amour de dieu pour ses créatures. L’esprit du Christ est répandu sur la multitude et introduit l’humanité dans la relation filiale, confiante, avec dieu
  • Le Christ nous soustrait à l’emprise du mal et nous propose d’entrer dans la pleine gratuité de la relation filiale avec dieu. Nous n’avons pas besoin d’acheter sa bienveillance, il ne regarde pas nos mérites, nous sommes ses enfants

Navigation

  1. La relation filiale
  2. Shabbat, le repos de dieu
  3. La gratuité de l’amour
  4. Le par-don
  5. Genèse 1, 2 Rouah, l’esprit de dieu est féminin

La Bible et Jésus en particulier nous parlent souvent d’esclavage. Dans l’ancien testament, il est raconté que le peuple hébreu fut amené comme esclave en Egypte et fut opprimé par des conditions d’esclavage très dure, jusqu’à ce que dieu ne le libéra en envoyant Moïse. Le peuple juif, à chaque fête de Pâques, fait mémoire de cette délivrance de l’esclavage d’Egypte. Or, cet esclavage peut aussi être actualisé et concerner l’être humain en général lorsqu’on pense à ce qui emprisonne spirituellement l’être humain, ce qui enchaîne son esprit, le retient captif: il s’agit du mal. L’être humain est prisonnier de l’enchaînement des violences, il répond au mal avec le mal et ne se libère pas des jalousies, des rivalités qui l’opposent à ses frères humains au lieu de vivre dans l’amour fraternel. Or, la mission de Jésus, et celle qu’il confie à ses apôtres pour la perpétuer, est de libérer les hommes de cet esclavage. Le moyen est de faire intervenir le pardon. Celui qui, innocent entre tous, a été condamné et supplicié injustement par les hommes offre son pardon à l’humanité toute entière. Celui qui légitimement pourrai les condamner, il arrête l’enchaînement des violences, apporte le regard des parents sur leurs enfants, un amour maternel aussi, qui ne voit pas son enfant comme un criminel, mais le connaît profondément et est prêt à pardonner sans limites, 70 fois sept fois comme dit Jésus dans l’évangile de Matthieu 18, 21-22. (Concernant l’amour paternel et maternel de dieu, voir l’article  Genese 1, 2 Rouah, l’esprit de dieu est féminin). Ainsi, Jésus sur la croix confie l’humanité à son père en pardonnant à ses enfants, ceux auxquels il a lui-même donné la vie, lui qui est la parole de dieu par qui tout a été fait (Jean 1, 3: « Par lui tout fut engendré et sans lui même pas une chose de ce qui fut engendré n’a été engendré ») et en remettant son souffle dans les mains du père, il dit: « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Luc 23, 34) Ainsi, le Christ rachète ses enfants qui étaient tombés dans l’esclavage du mal, il les libère. C’est pour cela que lorsqu’il célébrait la Pâque avec ses apôtres, c’est-à-dire lorsqu’il faisait le mémorial de la libération de l’esclavage d’Egypte et du sang de l’agneau qui avait préservé les premiers nés du peuple hébreu et avait permis leur fuite, il va leur annoncer que c’est son propre sang qui va les libérer. Dans son sang versé pour la multitude des hommes se fait le rachat de l’esclavage, le prix qu’on paie pour racheter un esclave est payé, une nouvelle alliance est conclue, mais c’est aussi l’alliance éternelle de dieu avec les hommes, renouvelée en Jésus Christ son fils, sa parole créatrice. (Pour des explications plus approfondies sur le rachat voir le commentaire de Thomas d’Aquin sur la lettre aux Romains 3, 24 dans l’article La gratuité de l’amour) Ainsi, dieu nous appelle à entrer dans la relation confiante, filiale avec lui, qui comme un père et une mère ne tient pas compte de nos erreurs, de nos fautes. Par notre confiance, c’est-à-dire par notre foi, nous entrons alors dans la relation filiale. Le mot confiance du verbe latin confidere vient du même mot latin fides, confiance signifie alors ce qui se fait avec foi, cum fide et donc confidere. C’est ce don gratuit d’amour, de par-don, c’est-à-dire de don renouvelé de la vie, qui arrache l’être humain à cette mentalité marchande, servile, selon laquelle l’on ne possède que ce qu’on peut acheter soi-même, on ne fait pas confiance au don gratuit de la vie de dieu, on reste ainsi prisonnier.

Pour bien comprendre les paroles de Jésus sur le sujet de l’esclavage et du rachat, il faut connaître les mots grecs qui sont utilisés dans la bible pour dire esclave et erreur, faute, et aussi les mots hébreux qui sont à l’origine de la traduction en grec.

Il s’agit d’abord du mot doûlos [δοῦλος] qui signifie esclave. Il est tantôt traduit par serviteur, tantôt par esclave selon le contexte. On traduit généralement par serviteur lorsque l’évangile parle du salaire du serviteur et cela rapproche cette figure de notre réalité moderne, mais dans notre réalité le serviteur est libre de s’engager au service de quelqu’un ou non, tandis que l’esclave n’est pas libre, il pourra être affranchi si une somme est payée, s’il est racheté. Or, il s’agit bien dans les paraboles de l’évangile du mot esclave, qui renvoie à une condition servile, où l’être humain est prisonnier, voir enchaîné. Ainsi, le Christ, le fils de dieu, accomplira son rôle de sauver car il libérera l’humanité qui se trouve dans l’esclavage du mal, enchaîné. Par la gratuité de son pardon, il rachètera ceux qui étaient esclaves du mal, il les rendra libres. Le pardon de dieu signifie proprement le renouvellement de son don, du don de la vie divine à ses enfants: par-donner signifie donner encore et encore. Ce lien intime avec dieu qui nous anime de son propre souffle et de son esprit d’amour, cette alliance est éternelle et chaque fois que l’être humain brisera ce lien par son manque de foi ou son soupçon sur la gratuité du don de la vie, dieu sera prêt à renouveler cette alliance, ce don, sans cesse, à l’infini, chaque fois que ses enfants se tourneront à nouveau vers lui dans la confiance, confiance filiale.

Et ensuite, du mot hamartía (ἁμαρτία) qui traduit dans la bible le mot hébreu khaṭṭ’ah (חַטָּאָה) de la racine hébraïque khaṭ’a (חָטָא. Aussi bien en grec qu’en hébreu cela signifie manquer la cible, faire une erreur, une faute, se tromper. Il est habituellement traduit par le mot péché, mais cette traduction ne laisse pas apparaître le regard paternel et matérnel de dieu sur l’homme qui cherche son propre bien, essaie de grandir comme un enfant, mais se trompe, il commet des erreurs, des fautes: il ne sait pas où se trouve, en quoi consiste ce qui est bien pour lui. Il a de la peine à trouver son chemin, comme un enfant à faire ses premiers pas ou à traverser la route. C’est dans la confiance aux parents qu’il grandira, c’est en leur donnant la main, en acceptant leur aide qu’il franchira les obstacle et deviendra adulte. L’erreur, la faute, est alors de ne pas avoir fait confiane, de ne pas avoir eu foi dans les paroles des parents qui indiquaient où se trouve le vrai bonheur. Ce n’est pas en s’appropriant du bien des autres que l’enfant est heureux, mais en partageant le sien qu’il découvre la joie de l’amitié. C’est dans l’action de grâce qu’il accueille le don de la vie de ses parents pour lui, c’est alors que la paix et la joie règnent dans la famille. On trouvera ainsi le sens des paroles de dieu qui nous conduisent au bonheur. On les a appelées les dix commandements, mais le texte de la bible parle des dix paroles de dieu (voir Exode 20, 12 et ss. et Deutéronome 5, 16 et ss.) Ces paroles nos pas été suffisantes pour libérer l’homme de son esclavage, elles lui ont revélé son emprisonnement. C’est la foi en la vie divine, en son souffle répandu sur l’humanité, gratuitement, qui fait que l’être humain puisse accuillir pleinement le don de la vie divine et entrer pleinement dans la relation filiale en rendant grâce.

Cet article est étroitement lié à celui sur la gratuité de l’amour, le don de la foi. Dans le présent article se trouvent les versets bibliques qui attestent du passage de l’esclavage à la relation filiale. Dans l’article sur la gratuité de l’amour de dieu est présentée la nature du don de dieu, ce qui a rendu possible la délivrance et la foi. Le don de la vie du Christ dans laquelle se reconnaît l’amour de dieu.


Textes bibliques

Jean 8, 34-36

34 ἀπεκρίθη αὐτοῖς ὁ Ἰησοῦς· ἀμὴν ἀμὴν λέγω ὑμῖν ὅτι πᾶς ὁ ποιῶν τὴν ἁμαρτίαν δοῦλός ἐστιν τῆς ἁμαρτίας.
34 Jésus leur répliqua: amen, amen, je vous dis que tous ceux qui font une faute (ἁμαρτίαν) sont esclaves (δοῦλός) de cette faute.

35 ὁ δὲ δοῦλος οὐ μένει ἐν τῇ οἰκίᾳ εἰς τὸν αἰῶνα, ὁ υἱὸς μένει εἰς τὸν αἰῶνα.
35 mais l’esclave ne demeure pas dans la maison pour toute la vie (εἰς τὸν αἰῶνα), le fils [y] demeure pour toute la vie (εἰς τὸν αἰῶνα).

Le mot grec aiōn (αἰών) traduit généralment dans la bible le mot hébreu ‘olam (עוֹלָם). Ce mot désigne la totalité d’un temps, pour toute la vie ou pour les siècles des siècles, les âges des âges, toute la durée du temps et signifie donc aussi toujours. Le mot hébreu ‘olam est utilisé dans les mêmes expressions pour dire pour toujours, pour les siècles des siècles mais aussi pour dire le monde comme son équivalent ‘ālam en arabe le monde. Utilisé dans le sens de monde, ce mot introduit souvent la distinction: « dans ce monde », « dans l’autre monde ». Dans ce passage, le texte n’utilise pas le mot grec commun aéi (ἀεί) pour dire toujours mais bien aiōn qui renvoie à la totalité d’une vie, à toute la durée du temps, éventuellement à l’éternité et aussi au monde à venir. Comme pour dire que le fils partage la vie éternelle du père. En effet, dans la phrase suivante le mot fils indique le fils de dieu qui est venu pour libérer l’humanité de l’esclavage du mal et la rendre libre en lui offrant la vie divine et donc la filiation divine, son propre souffle, son propre esprit divin qui inspire les oeuvres de la grâce, de l’amour.

36 ἐὰν οὖν ὁ υἱὸς ὑμᾶς ἐλευθερώσῃ, ὄντως ἐλεύθεροι ἔσεσθε.
36 si donc le fils vous libère, dans ce qui est [réellement, effectivement] vous [le] serez.

Augustin, Sermon 306: L’erreur est de chercher le bonheur là où il n’est pas.

2. 3. Omnis autem homo, qualiscumque sit, beatus vult esse. Hoc nemo est qui non velit, atque ita velit, ut prae caeteris velit; imo quicumque vult caetera, propter hoc unum velit.
2. 3. Tout homme, quel qu’il soit, veut être heureux (beatus). Il n’y a personne qui ne veuille cela et qui ne le veuille par dessus toutes les autres choses; et même, celui qui veut autre chose, ne le veut que à cause de cette seule et unique chose [être heureux].

3. 3. Diversis cupiditatibus homines rapiuntur, et alius cupit hoc, alius illud: diversa genera sunt vivendi, in genere humano; et in multitudine generum vivendi alius aliud elegit et capessit: nemo est tamen quocumque genere vitae electo, qui non beatam vitam cupiat.
3. 3. Les hommes sont saisis par différents désirs (cupiditatibus), l’un désire ceci, l’autre cela: il y a différentes façons de vivre dans le genre humain et dans la multitude des différentes façons de vivre chacun choisit et s’empare d’autre chose: toutefois, il n’y a personne, quel que soit le genre de vie qu’il a choisi, qui ne désire pas une vie heureuse.

Beata ergo vita, omnium est communis possessio: sed qua veniatur ad eam, qua tendatur, quo itinere tento perveniatur, inde controversia est. Ac per hoc si quaeramus beatam vitam in terris, nescio utrum invenire possimus: non quia malum est quod quaerimus, sed quia non in loco suo quaerimus.
Donc, une vie heureuse est un bien commun à tous: mais par quel moyen on y arrive, vers quoi faut-il tendre, par quel itinéraire on essaie d’y parvenir, c’est à partir de cela qu’il y a divergence. C’est pour cela que si nous cherchons la vie heureuse dans les réalités terrestres, je ne sais pas si nous pouvons l’y trouver: non parce que ce que nous cherchons quelque chose de mal (malum), mais parce que nous ne le cherchons pas là où il se trouve (in loco suo).

Jean 15, 7-16: Je ne vous appelle pas esclaves, je vous appelle amis

7. ἐὰν μείνητε ἐν ἐμοὶ καὶ τὰ ῥήματά μου ἐν ὑμῖν μείνῃ, ὃ ἐὰν θέλητε αἰτήσασθε καὶ γενήσεται ὑμῖν·
7. Si vous demeurez en moi et mes paroles demeurent en vous, ce que vous voulez, vous le demanderez et il adviendra pour vous.

8 ἐν τούτῳ ἐδοξάσθη ὁ πατήρ μου ἵνα καρπὸν πολὺν φέρητε καὶ γένησθε ἐμοὶ μαθηταί.
8. En ceci mon père est glorifié: que vous portiez beaucoup de fruits et vous deveniez mes disciples.

9 καθὼς ἠγάπησέν με ὁ πατήρ, κἀγὼ ὑμᾶς ἠγάπησα, μείνατε ἐν τῇ ἀγάπῃ τῇ ἐμῇ.
9. Comme le père m’a aimé et moi aussi je vous ai aimés, demeurez dans l’amour qui est le mien.

10 ἐὰν τὰς ἐντολάς μου τηρήσητε, μενεῖτε ἐν τῇ ἀγάπῃ μου, καθὼς ἐγὼ τὰς ἐντολὰς τοῦ πατρός μου τετήρηκα καὶ μένω αὐτοῦ ἐν τῇ ἀγάπῃ.
10 Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi j’ai observé les commandements de mon père et je demeure dans son amour.

11 ταῦτα λελάληκα ὑμῖν ἵνα ἡ χαρὰ ἡ ἐμὴ ἐν ὑμῖν ᾖ καὶ ἡ χαρὰ ὑμῶν πληρωθῇ.
11 Je vous ai parlé de ces choses afin que la joie, la mienne, soit en vous et votre joie soit au comble.

12 Αὕτη ἐστὶν ἡ ἐντολὴ ἡ ἐμὴ ἵνα ἀγαπᾶτε ἀλλήλους καθὼς ἠγάπησα ὑμᾶς·
12. Ceci est mon commandement afin que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés.

13 μείζονα ταύτης ἀγάπην οὐδεὶς ἔχει, ἵνα τις τὴν ψυχὴν αὐτοῦ θῇ ὑπὲρ τῶν φίλων αὐτοῦ.
13. Personne n’a d’amour plus grand que celui-ci: que quelqu’un mette [en jeu] son âme pour ses amis.

14. ὑμεῖς φίλοι μού ἐστε ἐὰν ποιῆτε ἃ ἐγὼ ἐντέλλομαι ὑμῖν.
14. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous recommande.

15 οὐκέτι λέγω ὑμᾶς δούλους, ὅτι ὁ δοῦλος οὐκ οἶδεν τί ποιεῖ αὐτοῦ ὁ κύριος· ὑμᾶς δὲ εἴρηκα φίλους, ὅτι πάντα ἃ ἤκουσα παρὰ τοῦ πατρός μου ἐγνώρισα ὑμῖν.
15 Maintenant je ne vous appelle pas esclaves car l’esclave ne sait pas ce que fait son maître: vous, par contre, je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu auprès de mon père, je vous l’ai fait connaître.

16 οὐχ ὑμεῖς με ἐξελέξασθε, ἀλλ’ ἐγὼ ἐξελεξάμην ὑμᾶς, καὶ ἔθηκα ὑμᾶς ἵνα ὑμεῖς ὑπάγητε καὶ καρπὸν φέρητε καὶ ὁ καρπὸς ὑμῶν μένῃ, ἵνα ὅ τι ἂν αἰτήσητε τὸν πατέρα ἐν τῷ ὀνόματί μου δῷ ὑμῖν.
16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais moi je vous ai choisis et je vous établis afin que vous alliez et que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure, pour que tout ce que vous demanderez au père en mon nom il vous le donne.

Marc 8, 34-35 (Mt 10, 39; Luc 17, 33; Jean 12, 25)

34 Καὶ προσκαλεσάμενος τὸν ὄχλον σὺν τοῖς μαθηταῖς αὐτοῦ, εἴπεν αὐτοῖς, Ὅστις θέλει ὀπίσω μου ἐλθεῖν, ἀπαρνησάσθω ἑαυτόν, καὶ ἀράτω τὸν σταυρὸν αὐτοῦ, καὶ ἀκολουθείτω μοι.
34 Et, ayant appelé à lui la foule avec ses disciples, il leur dit: “Celui qui veut marcher derrière moi, qu’il renie soi-même et qu’il prenne sa croix et me suive.

35 Ὃς γὰρ ἂν θέλῃ τὴν ψυχὴν αὐτοῦ σῶσαι, ἀπολέσει αὐτήν· ὃς δ’ ἂν ἀπολέσῃ τὴν ἑαυτοῦ ψυχὴν ἕνεκεν ἐμοῦ καὶ τοῦ εὐαγγελίου, οὗτος σώσει αὐτήν.
35 En effet, si quelqu’un veut sauver son âme, il la perdra: celui qui perdra sa propre âme à cause de moi et de l’évangile, celui-ci la sauvera.

Matthieu 10, 9-10:

Μὴ κτήσησθε χρυσὸν μηδὲ ἄργυρον μηδὲ χαλκὸν εἰς τὰς ζώνας ὑμῶν, μὴ πήραν εἰς ὁδὸν μηδὲ δύο χιτῶνας μηδὲ ὑποδήματα μηδὲ ῥάβδον· ἄξιος γὰρ ὁ ἐργάτης τῆς τροφῆς αὐτοῦ.
« Ne possédez ni or ni argent, ni monnaie de cuivre pour [le mettre dans] vos ceintures, ni sac pour la route, ni deux tuniques, ni sandales, ni bâton. En effet, celui qui travaille mérite sa nourriture. »

On ne rentre pas dans la gratuité de la relation filiale ou amicale par des mérites, par l’argent ou le pouvoir dont on jouit. Au contraire, tout cela crée une ambiguïté dans la relation, fais surgir un doute si au fond l’amitié est recherchée par intérêt, en vue d’un profit, ou pas.
Lorsque Dieu invite l’humanité à entrer dans une relation filiale avec lui, cela ne peut se faire que dans la pleine gratuité. Si l’on imagine avoir davantage droit à l’amitié de Dieu parce que l’on est riche, la richesse empêchera de percevoir le vrai amour de Dieu pour nous. De même, ce n’est pas par ses mérites qu’un enfant achète l’amour de ses parents. Les parents ne devraient-ils pas aimer l’enfant dans ses faiblesses et le soutenir dans ses difficultés et échecs, le rassurer de leur amour qui est plus grand que la réussite ou le succès de l’enfant ?
Nous voyons dans ce dialogue entre Jésus et un jeune homme riche, comment Jésus avec affection et amour essaie de faire comprendre la bonté de Dieu, qui est comme celle d’un père et d’une mère. Ce n’est pas parce que tu es le meilleur, ce n’est pas parce que tu as du succès et des richesses, non plus, que nous t’aimons, mais parce que tu es notre enfant et nous t’aimions déjà avant que tu viennes au monde, avant que tu accumules des mérites.
Nos mérites ne sont pas une monnaie pour acheter la bienveillance divine, l’amour de Dieu nous est acquis d’avance. Voyons le jeune homme maladroit qui va à la rencontre de Jésus, même s’il fait tout faux, l’évangile nous dit: « Jésus le regarda et l’aima. »
La richesse devient ici un obstacle à reconnaître le vrai amour. Débarrasse-toi de toute richesse et tu découvriras l’amour dont Dieu t’aime et ensuite il te redonneras ta richesse au centuple, en cette vie déjà. Peut-être une richesse plus grande sera celle de la découverte du vrai amour, celui qui possède un vrai ami, possède un trésor.
Jésus invite ici à distribuer cette richesse aux pauvres, elle n’est pas là pour le profit personnel mais pour le bien de tous. Retrouver le souci de nos frères, c’est aussi le résultat de la relation filiale avec Dieu. Contempler l’amour de Dieu pour soi-même, nous donne accès aussi à la découverte de l’amour que Dieu porte au reste de l’humanité, à tous ses enfants. La relation filiale avec Dieu nous introduit aussi à la relation fraternelle avec le reste de l’humanité pour laquelle Dieu nourrit le même amour. Ainsi, une multitude de frères et sœurs est offerte à celui qui entre dans la relation filiale avec Dieu.

Marc 10, 17-27: Que devrais-je faire pour hériter de la vie éternelle?

17 Καὶ ἐκπορευομένου αὐτοῦ εἰς ὁδὸν προσδραμὼν εἷς καὶ γονυπετήσας αὐτὸν ἐπηρώτα αὐτόν· Διδάσκαλε ἀγαθέ, τί ποιήσω ἵνα ζωὴν αἰώνιον κληρονομήσω;
Et, Jésus prenant le chemin, quelqu’un courant vers lui, s’étant mis à genoux devant lui, lui demanda: « Bon maître, que devrais-je faire pour hériter de la vie éternelle? »

18 ὁ δὲ Ἰησοῦς εἶπεν αὐτῷ· Τί με λέγεις ἀγαθόν; οὐδεὶς ἀγαθὸς εἰ μὴ εἷς ὁ θεός.
Alors, Jésus lui dit: « Pourquoi tu m’appelles bon? Personne n’est bon, sinon l’unique dieu.

19 τὰς ἐντολὰς οἶδας· Μὴ φονεύσῃς, Μὴ μοιχεύσῃς, Μὴ κλέψῃς, Μὴ ψευδομαρτυρήσῃς, Μὴ ἀποστερήσῃς, Τίμα τὸν πατέρα σου καὶ τὴν μητέρα.
Tu connais les commandements: tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne témoigneras pas le faux, tu ne tromperas pas ton prochain, honore ton père et ta mère.

20 ὁ δὲ ἔφη αὐτῷ· Διδάσκαλε, ταῦτα πάντα ἐφυλαξάμην ἐκ νεότητός μου.
Et il lui dit: « Maître, tout cela je l’ai gardé depuis mon enfance. »

21 ὁ δὲ Ἰησοῦς ἐμβλέψας αὐτῷ ἠγάπησεν αὐτὸν καὶ εἶπεν αὐτῷ· Ἕν σε ὑστερεῖ· ὕπαγε ὅσα ἔχεις πώλησον καὶ δὸς τοῖς πτωχοῖς, καὶ ἕξεις θησαυρὸν ἐν οὐρανῷ, καὶ δεῦρο ἀκολούθει μοι.
Alors, Jésus l’ayant regardé en face, l’aima et lui dit: « Une chose te manque: vas, tu ce que tu possèdes vends-le et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel et à ce moment suis-moi.

22 ὁ δὲ στυγνάσας ἐπὶ τῷ λόγῳ ἀπῆλθεν λυπούμενος, ἦν γὰρ ἔχων κτήματα πολλά.
Mais celui-ci, ayant pris un air sombre à cette parole s’en alla triste, en effet, il possédait beaucoup de biens.

23 Καὶ περιβλεψάμενος ὁ Ἰησοῦς λέγει τοῖς μαθηταῖς αὐτοῦ· Πῶς δυσκόλως οἱ τὰ χρήματα ἔχοντες εἰς τὴν βασιλείαν τοῦ θεοῦ εἰσελεύσονται.
Et, regardant autour de lui, Jésus dit à ses disciples: « Combien difficilement ceux qui possèdent des richesses arriveront au royaume de dieu. »

24 οἱ δὲ μαθηταὶ ἐθαμβοῦντο ἐπὶ τοῖς λόγοις αὐτοῦ. ὁ δὲ Ἰησοῦς πάλιν ἀποκριθεὶς λέγει αὐτοῖς· Τέκνα, πῶς δύσκολόν ἐστιν [τοὺς πεποιθότας ἐπὶ χρήμασιν] εἰς τὴν βασιλείαν τοῦ θεοῦ εἰσελθεῖν·
Mais, les disciples s’étonnaient au sujet de ses paroles. Alors, Jésus, en répliquant à nouveau, leur dit: « [Mes] enfants, comment il est difficile [à ceux qui confient dans les richesses] d’entrer dans le royaume de dieu.

25 εὐκοπώτερόν ἐστιν κάμηλον διὰ τῆς τρυμαλιᾶς τῆς ῥαφίδος διελθεῖν ἢ πλούσιον εἰς τὴν βασιλείαν τοῦ θεοῦ εἰσελθεῖν.
25 Il est plus aisé qu’un chameau passe à travers le trou d’une aiguille qu’un riche entre dans le royaume de dieu. »

26 οἱ δὲ περισσῶς ἐξεπλήσσοντο λέγοντες πρὸς ἑαυτούς· Καὶ τίς δύναται σωθῆναι;
26 Alors, les disciples étaient frappés encore plus, se disant les uns aux autres: « Et qui peut être sauvé? »

27 ἐμβλέψας αὐτοῖς ὁ Ἰησοῦς λέγει· Παρὰ ἀνθρώποις ἀδύνατον ἀλλ’ οὐ παρὰ θεῷ, πάντα γὰρ δυνατὰ παρὰ τῷ θεῷ.
Les ayant regardés en face, Jésus dit: « De la part des hommes c’est impossible, mais non de la part de dieu, en effet, tout est possible de la part de dieu. »

Si l’on pense pouvoir acheter la bienveillance divine, cela est impossible car il s’agit d’un don. Le don de la vie qui est offert à l’enfant, même avant qu’il vienne au monde. C’est pour cela que Jésus s’adresse ici aux apôtres en les appelant « tekna », enfants, comme pour dire: « Vous êtes mes enfants, les enfants chéris de dieu, pourquoi craindre? Même si vous abandonnez vos richesses votre père prendra soin de vous. »
Il n’y a donc pas de monnaie pour acheter l’amour de Dieu, cela nous est acquis d’avance car c’est lui qui nous a appelés à la vie. Cela n’est possible qu’à dieu. Nous n’avons pas à le mériter mais à le reconnaître, en faisant confiance.

Luc 19, 11-27: Les dix esclaves et les dix mines

11 Ἀκουόντων δὲ αὐτῶν ταῦτα, προσθεὶς εἴπεν παραβολήν, διὰ τὸ ἐγγὺς αὐτὸν εἴναι Ἱερουσαλήμ, καὶ δοκεῖν αὐτοὺς ὅτι παραχρῆμα μέλλει ἡ βασιλεία τοῦ θεοῦ ἀναφαίνεσθαι.
11 Ceux-ci écoutant ces choses, il parla en ajoutant une parabole, puisqu’il était près de Jérusalem et qu’ils estimaient que le royaume de dieu était sur le point de se manifester à l’instant.

12 Εἴπεν οὖν, Ἄνθρωπός τις εὐγενὴς ἐπορεύθη εἰς χώραν μακράν, λαβεῖν ἑαυτῷ βασιλείαν, καὶ ὑποστρέψαι.
12 Il dit, donc: « Un homme de bonne naissance parti pour un pays lointain, pour prendre pour lui-même la royauté et revenir ensuite.

13 Καλέσας δὲ δέκα δούλους ἑαυτοῦ, ἔδωκεν αὐτοῖς δέκα μνᾶς, καὶ εἴπεν πρὸς αὐτούς, Πραγματεύσασθε ἕως ἔρχομαι.
13 Ayant appelé dix de ses esclaves, il leur donna dix mines et leur dit: «Occupez-vous en jusqu’à ce que je vienne. »

La mine est une unité monétaire ou de poids et le verbe pragmatéuomai qui signifie s’occuper des affaires est aussi lié à la sphère commerciale.

14 Οἱ δὲ πολῖται αὐτοῦ ἐμίσουν αὐτόν, καὶ ἀπέστειλαν πρεσβείαν ὀπίσω αὐτοῦ, λέγοντες, Οὐ θέλομεν τοῦτον βασιλεῦσαι ἐφ’ ἡμᾶς.
14 Mais les citoyens le détestaient et envoyèrent une ambassade derrière lui, disant: « Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous. »

Jésus parle ici de lui-même. Aux gens qui attendent de lui qu’il restaure la royauté terrestre d’Israël, il annonce qu’ils se trompent. Les citoyens de Jérusalem n’accepteront pas sa royauté, il sera couronné d’épines. Cependant, il sera néanmoins victorieux et roi par sa miséricorde et sa résurrection et il reviendra dans son royaume, le royaume des cieux, pour juger les vivants et les morts.

15 Καὶ ἐγένετο ἐν τῷ ἐπανελθεῖν αὐτὸν λαβόντα τὴν βασιλείαν, καὶ εἴπεν φωνηθῆναι αὐτῷ τοὺς δούλους τούτους, οἷς ἔδωκεν τὸ ἀργύριον, ἵνα γνῷ τίς τί διεπραγματεύσατο.
15 Et il advint à sa rentrée, prenant la royauté qu’il dit que soient appelés les esclaves auquels il avait donné l’argent, afin de connaître ce que chacun avait réalisé.

16 Παρεγένετο δὲ ὁ πρῶτος, λέγων, Κύριε, ἡ μνᾶ σου προσειργάσατο δέκα μνᾶς.
16 Alors, se présenta le premier, en disant: « Seigneur, ta mine a produit dix mines.

17 Καὶ εἴπεν αὐτῷ, Εὖ, ἀγαθὲ δοῦλε· ὅτι ἐν ἐλαχίστῳ πιστὸς ἐγένου, ἴσθι ἐξουσίαν ἔχων ἐπάνω δέκα πόλεων.
17 Et il lui dit: « Bien, bon esclave: puisque tu as été fidèle en très peu, sois ayant autorité sur dix villes. »

18 Καὶ ἦλθεν ὁ δεύτερος, λέγων, Κύριε, ἡ μνᾶ σου ἐποίησεν πέντε μνᾶς.
18 Et vint le deuxième, disant: « Seigneur, ta mine a fait cinq mines. »

19 Εἴπεν δὲ καὶ τούτῳ, Καὶ σὺ γίνου ἐπάνω πέντε πόλεων.
19 Alors, il dit à celui-ci: « Et toi deviens [ayant autorité] sur cinq villes. »

20Καὶ ἕτερος ἦλθεν, λέγων, Κύριε, ἰδού, ἡ μνᾶ σου, ἣν εἴχον ἀποκειμένην ἐν σουδαρίῳ·
20 Et vint un autre, disant: « Seigneur, voici ta mine, que j’avais mis de côté dans un linge:

21 ἐφοβούμην γάρ σε, ὅτι ἄνθρωπος αὐστηρὸς εἴ· αἴρεις ὃ οὐκ ἔθηκας, καὶ θερίζεις ὃ οὐκ ἔσπειρας.
21 j’avais peur de toi, puisque tu es un homme sévère: tu saisis ce que tu n’a pas placé et tu moissonnes ce que tu n’as pas semé. »

22 Λέγει δὲ αὐτῷ, Ἐκ τοῦ στόματός σου κρινῶ σε, πονηρὲ δοῦλε. ᾜδεις ὅτι ἐγὼ ἄνθρωπος αὐστηρός εἰμι, αἴρων ὃ οὐκ ἔθηκα, καὶ θερίζων ὃ οὐκ ἔσπειρα·
22 Alors, il lui dit: « Je te juge d’après ta propre bouche, mauvais esclave. Tu avais vu [au sens de considéré] que moi je suis un homme sévère, saisissant ce que je n’ai pas placé et moissonnant ce que je n’ai pas semé:

23 καὶ διὰ τί οὐκ ἔδωκας τὸ ἀργύριόν μου ἐπὶ τράπεζαν, καὶ ἐγὼ ἐλθὼν σὺν τόκῳ ἂν ἔπραξα αὐτό;
23 pourquoi n’as-tu pas donné mon argent à une banque et moi étant venu je l’aurais repris avec l’intérêt? »

24 Καὶ τοῖς παρεστῶσιν εἴπεν, Ἄρατε ἀπ’ αὐτοῦ τὴν μνᾶν, καὶ δότε τῷ τὰς δέκα μνᾶς ἔχοντι.
24 Et à ceux qui étaient présents, il dit: « Enlevez-lui la mine et à celui qui a dix mines. »

25 Καὶ εἴπαν αὐτῷ, Κύριε, ἔχει δέκα μνᾶς.
25 Et ils lui dirent: “Seigneur, il a dix mines.”

26 Λέγω γὰρ ὑμῖν, ὅτι παντὶ τῷ ἔχοντι δοθήσεται· ἀπὸ δὲ τοῦ μὴ ἔχοντος, καὶ ὃ ἔχει ἀρθήσεται ἀπ’ αὐτοῦ.
26 « Je vous dis qu’à tous ceux qui ont, il sera donné: alors que à celui qui n’a pas, il sera enlevé ce qu’il a.

27 Πλὴν τοὺς ἐχθρούς μου ἐκείνους, τοὺς μὴ θελήσαντάς με βασιλεῦσαι ἐπ’ αὐτούς, ἀγάγετε ὧδε, καὶ κατασφάξατε ἔμπροσθέν μου.
27 Mais ceux-là, mes ennemis, qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, conduisez-les ici et égorgez-les devant moi. »

Luc 17, 7-10: Nous sommes des serviteurs inutiles

7 Tίς δὲ ἐξ ὑμῶν δοῦλον ἔχων ἀροτριῶντα ἢ ποιμαίνοντα, ὃς εἰσελθόντι ἐκ τοῦ ἀγροῦ ἐρεῖ εὐθέως, Παρελθὼν ἀνάπεσε·
7 « Lequel d’entre vous, ayant un serviteur qui laboure les champs ou paît des brebis, celui-ci étant arrivé des champs, dit immédiatement: Viens, mets-toi à table?

8 ἀλλ’ οὐχὶ ἐρεῖ αὐτῷ, Ἑτοίμασον τί δειπνήσω, καὶ περιζωσάμενος διακόνει μοι, ἕως φάγω καὶ πίω· καὶ μετὰ ταῦτα φάγεσαι καὶ πίεσαι σύ;
8 Ne lui dira pas, plutôt: Prépare quelque chose, je vais dîner et quand tu auras mis ton tablier, sers-moi jusqu’à ce que j’ai mangé et bu et après cela tu mangeras et tu boiras, toi?

9 Μὴ χάριν ἔχει τῷ δούλῳ ἐκείνῳ ὅτι ἐποίησεν τὰ διαταχθέντα; [οὐ δοκῶ.]
9 Il n’a pas [à rendre] la faveur à ce serviteur parce qu’il a fait ce qui lui avait été ordonné. [Je n’estime pas.]

10 Οὕτως καὶ ὑμεῖς, ὅταν ποιήσητε πάντα τὰ διαταχθέντα ὑμῖν, λέγετε ὅτι Δοῦλοι ἀχρεῖοί ἐσμεν· ὅτι ὃ ὀφείλομεν ποιῆσαι πεποιήκαμεν.
10 De même, vous aussi, lorsque vous aurez fait tout ce qui vous avait été ordonné dites: « Nous sommes des serviteurs inutiles, car nous avons fait ce que nous devions faire. »

Ces paroles de Jésus peuvent nous paraître dures, mais c’est qu’il essaie de toutes ses forces de nous arracher à cette mentalité marchande par laquelle nous nous mettons toujours dans un rôle de serviteur et non pas de fils ou d’amis. Et cela pour être sûrs qu’après notre travail nous aurons notre récompense. Mais Dieu n’a pas besoin de serviteur, c’est pour cela que Jésus dit qu’ils sont inutiles, à Dieu. Tout ce qu’il veut il le fait, il dit et cela est. Ce qu’il veut c’est de nous conduire au bonheur des fils, des amis, qui partagent la volonté du père et s’en réjouissent, qui accueillent son don dans la pleine gratuité et en sont d’autant plus heureux. « Ne sais-tu pas que tout ce qui est à moi, est à toi? ». C’est lorsque nous doutons de bienveillance divine et de la gratuité de son amour, que nous avons besoin de nous rassurer avec ce que nous pouvons gagner, acquérir par nous mêmes. C’est alors que nous rentrons dans le rôle de serviteurs, pour obliger dieu à nous donner, ce que nous supposons qu’il ne veuille pas nous donner. Nous suivons alors le tentateur qui nous dit: « Dieu ne veut pas que vous soyez comme lui » (Genèse CXX).

Romains 8,14-16 L’Esprit Saint lui-même atteste que nous sommes enfants de Dieu

14 Ὅσοι γὰρ πνεύματι θεοῦ ἄγονται, οὗτοί εἰσιν υἱοὶ θεοῦ.
14 En effet, tous ceux qui sont conduits par l’esprit de dieu, ceux-là sont fils de dieu.

15 Οὐ γὰρ ἐλάβετε πνεῦμα δουλείας πάλιν εἰς φόβον, ἀλλ’ ἐλάβετε πνεῦμα υἱοθεσίας, ἐν ᾧ κράζομεν, Ἀββᾶ, ὁ πατήρ.
15 En effet, vous n’avez pas reçu un esprit de servitude encore une fois [qui conduit] à la peur, mais vous avez reçu un esprit qui vous établit en tant que fils, dans lequel nous crions Abba, père.

16 Αὐτὸ τὸ πνεῦμα συμμαρτυρεῖ τῷ πνεύματι ἡμῶν, ὅτι ἐσμὲν τέκνα θεοῦ·
16 Ce même esprit rend témoignage, uni avec notre esprit, que nous sommes enfants de dieu.

Commentaire de Thomas d’Aquin sur l’Épître aux Romain, Chapitre 8, lectio 3, [86201], paragraphes 637.643.645 , sur Romains 8, 14-16 

Deinde cum dicit non enim accepistis, etc., probat propositum scilicet quod spiritum sanctum accipientes sint homines filii Dei 
Ensuite, lorsqu’il dit [Romains 8, 15]: « En effet, vous n’avez pas reçu [un esprit de servitude], etc. il prouve son propos, c’est-à-dire qu’en recevant l’esprit saint, les hommes sont fils de dieu

[…]

643. Et ideo hic dicit: recte dictum est quod qui spiritu Dei aguntur, etc., non enim iterum, in nova lege sicut in veteri lege fuit, accepistis spiritum servitutis in timore, scilicet poenarum, quem timorem spiritus sanctus faciebat; sed accepistis spiritum, scilicet charitatis, qui est adoptionis filiorum, id est, per quem adoptamur in filios Dei. Gal. IV, 5: ut adoptionem filiorum reciperemus. Non autem hoc dicitur quasi sit alius et alius spiritus, sed quia idem est spiritus, scilicet qui in quibusdam facit timorem servilem quasi imperfectum, in aliis facit amorem quasi quoddam perfectum.

Et donc celui-ci [l’apôtre Paul] dit: « Il est dit justement que ceux qui sont guidés par l’esprit de dieu [ceux-la sont fils de dieu]. » En effet, dans la nouvelle loi ne se répète pas ce qui fut dans la loi ancienne, vous avez alors [dans la loi ancienne] reçu un esprit de servitude dans la crainte, c’est-à-dire dans la crainte des châtiments, et cette crainte était engendrée [en vous] par l’esprit saint; mais [dans la nouvelle loi], vous avez reçu l’esprit, c’est-à-dire l’amour gratuit [de dieu] qui est celui de l’adoption des fils, c’est-à-dire que par lui nous sommes adoptés en tant que fils de dieu. La lettre aux Galates 4, 6 dit: « Afin que nous recevions l’adoption des fils ». Toutefois, cela n’est pas dit comme s’il y avait deux esprits différents [l’un dans l’ancienne loi et l’autre dans la nouvelle], mais puisqu’il n’y a qu’un seul et même esprit, c’est le même qui engendre dans certains une crainte servile pour ainsi dire imparfaite et dans d’autres un certain amour pour ainsi dire parfait.

[…]

645. Deinde cum dicit ipse enim spiritus, etc., ostendit idem ex testimonio spiritus sancti, ne forte aliquis dicat, quod in nostra confessione decipimur; unde dicit: ideo dico, quod in spiritu sancto clamamus: abba, pater, ipse enim spiritus testimonium reddit quod sumus filii Dei. Hic autem testimonium reddit non quidem exteriore voce ad aures hominum; sicut pater protestatus est de filio suo, Matth. III, 17, sed reddit testimonium per effectum amoris filialis, quem in nobis facit. Et ideo dicit quod testimonium reddit, non auribus, sed spiritui nostro, et cetera. Act. III, 15: nos testes sumus horum verborum.

Ensuite, lorsqu’il dit que l’esprit lui même, etc. [dans Romains 8, 16: « Ce même esprit rend témoignage, uni avec notre esprit, que nous sommes enfants de dieu. »], il montre la même chose par le témoignage de l’esprit saint, à moins que, peut-être, quelqu’un ne dise que nous nous sommes trompés dans la proclamation de notre foi. C’est pourquoi il poursuit en disant: « Et donc je dis que dans l’esprit saint nous proclamons: abba, père; en effet, c’est l’esprit saint lui-même qui rend témoignage […] que nous sommes fils de dieu. » Celui-ci, toutefois, ne rend pas témoignage par une sorte de voix extérieure [qui parvient] aux oreilles des hommes, comme lorsque le père déclara au sujet de son fils en Matthieu 3, 17, mais il rend témoignage à travers l’amour filial qu’il engendre en nous. Et c’est pourquoi il dit que [l’esprit] rend témoignage non [de façon audible] à nos oreilles, mais à notre esprit, etc. Et le livre des Actes des apôtres 3, 15 dit: « Nous sommes témoins de ces paroles.

Dans ces explications Thomas cite aussi le passage de Jérémie 3, 19 ou dieu parle à son peuple à travers la voix du prophète Jérémie:
(וְאָנֹכִי אָמַרְתִּי, אֵיךְ אֲשִׁיתֵךְ בַּבָּנִים, וְאֶתֶּן-לָךְ אֶרֶץ חֶמְדָּה, נַחֲלַת צְבִי צִבְאוֹת גּוֹיִם; וָאֹמַר, אָבִי תקראו- (תִּקְרְאִי-) לִי, וּמֵאַחֲרַי, לֹא תשובו (תָשׁוּבִי
Et moi j’ai dit: « Comment je te placerai parmi les fils [je ferai de toi, [mon peuple], des fils] et je te donnerai en possession [héritage] une terre désirable, beauté des beautés des peuples »; et il dit: « Vous m’appellerez [variante: tu m’appelleras] mon père, et après cela, vous ne vous détournerez pas [variante: tu ne te détourneras pas]. »

Cet article est lié à celui qui explique les paroles bibliques qui parle de la gratuité de l’amour, le don de la foi et aussi à l’article qui parle de la relation filiale.

1 Rétrolien / Ping

  1. La relation filiale – Bible

Les commentaires sont fermés.